dimanche 21 août 2016

Avec Liszt à la Villa d'Este (Un été à Rome, 10)

Villa d'Este - photo Jefopera
A quelques kilomètres de la villa d'Hadrien se trouve la Villa d'Este.
  
De 1550 à sa mort, en 1572, le cardinal Hippolyte d'Este, nommé gouverneur de Tivoli par le pape Jules III, fit construire une résidence somptueuse, entourée de fabuleux jardins en terrasses, dans le plus pur style maniériste.
  
Pirro Ligorio, son architecte, s'inspira de la villa d'Hadrien toute proche, pillant au passage les marbres, les mosaïques et les éléments d'ornementation qui s'y trouvaient encore. Il reprit aussi les techniques d'approvisionnement en eau des anciens Romains pour alimenter les multiples fontaines des jardins.

Le soleil est revenu sur Tivoli et la visite des jardins se révèle délicieuse, quoique un peu rapide à mon goût. Parce qu'elle n'a pas envie de rentrer trop tard chez elle, notre guide sonne un vigoureux rappel, invoquant, sans trop y croire elle-même, des embouteillages à l'entrée de Rome. Mais épuisés par cette journée à l'assaut des ruines et des jardins, c'est finalement soulagés que nous regagnons le confortable autocar.
  
La poésie, la peinture et la musique ont célébré la Villa d'Este. Liszt, qui y fut l'invité du cardinal Gustav Hohenlohe, la prit pour thème de l'une des pièces les plus célèbres, et peut-être la plus belle de ses Années de pélerinage, Les jeux d'eaux à la Villa d'Este.
  
Je vais laisser France Clidat, très grande dame du piano français, disparue il y a 4 ans, présenter cette œuvre magnifique avec laquelle s'achève notre été romain.
 
Dans cette pièce, il faut donc que le jeu pianistique imite l’eau le plus possible : les trilles, les trémolos, les traits rapides dans l’aigu, les arpèges et gammes aquatiques, les tierces jaillissantes, tout doit faire couler le clavier, tout doit suggérer cette eau frémissante, cristalline et irisée, dans une sonorité claire et légère : faire oublier les marteaux.
  
Puis à un moment donné, le climat change, par un ralentissement du tempo, Un poco piu moderato, et une enharmonie qui met en exergue une citation de l’Evangile selon Saint-Jean, inscrite à cet endroit du manuscrit :
 
« Celui qui boira de cette eau ne sera jamais plus altéré, car l’eau que je lui donne ainsi sera pour lui source de vie éternelle. » (Jean, 4, 14)
 
Cette parole se situe au moment où Jésus révèle sa nature divine à la Samaritaine, à laquelle il vient de demander à boire au cours d’une halte au bord d’un puits, dans la ville de Sychar.
 
La présence de ce verset à cet endroit-là change l’atmosphère du tout au tout, et il faut le transmettre à l’auditeur, à travers cette mélodie passionnée, sur une pédale de ré majeur, accompagnée par des arpèges de doubles croches. Liszt est vraiment un grand mystique. Il cherche à transmettre, par le biais du piano, la métamorphose de l’eau bucolique, poétique, de nature humaine, en eau lustrale, baptismale, de nature divine.
    

1 commentaire:

Jean Claude Mazaud a dit…

Excellent article : merci ! C'est vrai qu'il est préférable de pouvoir flâner à sa guise dans ce somptueux jardin...
l'illustration musicale ne pouvait être autre.....
Bon dimanche...
Amitiés
JC.