mercredi 17 août 2016

A la Villa Hadriana avec Pergolese (Un été à Rome, 9)

Tivoli, Villa Hadriana - photo Jean-Laurent Juliéno
Comme le site est compliqué à atteindre par les transports en commun, nous avons opté pour une excursion organisée d’une journée à Tivoli, avec, l’après-midi, la visite de la Villa d’Este -qui refermera notre album musical romain.
 
Il a plu toute la nuit, l’air est frais et le ciel encore nuageux lorsque nous pénétrons sur ce site gigantesque.
  
Villa Hadriana. Ce nom trop modeste désigne mal ce qui fût, avec celui de Néron, le plus vaste palais impérial de l’antiquité, et reste un des plus beaux et riches sites archéologiques du monde.
  
On continue à s’interroger sur les idées qu’il avait en tête lorsqu’il s’est décidé pour cette pluralité d’édifices disparates.  Il avait choisi cette grasse campagne près de Tivoli à cause de l’abondance des eaux, élément essentiel de son système d’architecture. L’imbrication de la nature et de la pierre, la conception du palais comme un vaste jardin irrigué de canaux et parsemé de fontaines, de bassins, de nymphées, sont en effet un des principes les plus neufs d’Hadrien. Plus d’organisme compact comme sur le Palatin, mais un éclatement, un éparpillement, une fusion dans le paysage, ce qui était révolutionnaire pour l’époque (Dominique Fernandez, Le Piéton de Rome, Philippe Rey, 2015).
 
L’historien romain Spartianus, dans L’Histoire auguste, raconte qu’Hadrien orna d'édifices admirables sa villa de Tibur : on y voyait les noms des provinces et des lieux les plus célèbres, tels que le Lycée, l'Académie, le Prytanée, Canope, le Pécile, Tempé. Ne voulant rien omettre, il y fit même représenter le séjour des ombres.
 
La villa évoque en effet les sites et les monuments qu'Hadrien a visités et aimés lors de ses nombreux voyages dans l’Empire romain. La visite se présente de ce fait comme celle d’un vaste parc, frais et escarpé, planté de pins, de cyprès et d’oliviers, et tout entier parsemé de ruines impressionnantes, certaines faisant penser aux fabriques du XVIIIème siècle -lesquelles, en réalité, tirent sans doute leur origine de la Villa elle-même. Les restes du palais d'habitation, des thermes et des bâtiments annexes sont grandioses et, même s'il fût abondamment pillé, notamment lors de la construction de la Villa d'Este, le site reste aussi somptueux qu'émouvant.
  
On se reportera bien évidemment au chef d'oeuvre de Marguerite Yourcenar pour mieux connaître cet empereur à la figure très attachante, humaniste, esthète et grand voyageur. 

Hadrien est aussi le héros de plusieurs opéras.

Tout récemment, le chanteur et compositeur canadien Rufus Wainwright s’est emparé du personnage. On ne sait pas grand-chose de cette oeuvre encore en gestation, juste qu’il y aura tous les éléments du grand opéra traditionnel : histoire d’amour, intrigue politique, chœurs, grands airs et beaucoup de personnages. 
  
Wainwright  explique : C’est aussi un roman tragique: la raison pour laquelle l’amour d’Hadrien pour Antinoüs -et son immense chagrin quand le jeune homme pérît noyé- n’a pas été célébré réside dans la peur de l’amour homosexuel, qui n’a que peu évolué depuis. Plus je me plonge dans l’univers d’Hadrien et de son temps, plus j’observe de parallèles avec notre vie aujourd’hui
  
La première devrait avoir lieu en 2018 à l’Opéra de Toronto.
  
Le plus célèbre Hadrien de l’histoire de l’opéra reste néanmoins celui du livret de Metastase Adriano in Siria. Il met en scène Hadrien dans sa guerre contre les Parthes, présentant l'empereur sous les traits d'un tyran magnanime, dans l'esprit des despotes éclairés en faveur au siècle des Lumières. Ce livret connût un succès considérable, puisqu'il fût mis en musique par plus de cinquante compositeurs différents. Assez tarabiscotée, l'intrigue tourne autour d'une passion amoureuse totalement fantaisiste entre l'empereur et une certaine Emirena. On aurait bien sûr préféré voir Antinoüs sur scène, mais bon...

Hadrien (Adriano dans l’opéra) a vaincu le roi des Parthes Osroa, en fuite. Il doit épouser Sabina mais tombe amoureux d'Emirena, qu'il retient prisonnière, ce qui fait les affaires d'Aquilio, le confident de l'empereur, lui-même amoureux en secret de Sabina. Emirena, de son côté, aime et est aimée de Farnaspe, un prince parthe ami d'Osroa. Avez-vous bien suivi ? Alors continuons.

Osroa organise plusieurs tentatives d'assassinat d'Adriano, qui échouent toutes, mais dont Farnaspe se retrouve accusé ; ces injustes soupçons conduisent Emirena à révéler le nom du vrai coupable, sans qu'elle se rende compte qu'elle accuse ainsi son père. Adriano fait alors enfermer ensemble les trois Parthes.

La fin de l'opéra rappelle celle de La Clémence de Titus : Adriano, ému par la grandeur d'âme de Sabina, qui accepte de se retirer pour le laisser épouser Emirena, rend celle-ci à Farnaspe, son véritable amour, et pardonne à ses ennemis.
  
La première mise en musique fût celle de Caldara, à Vienne en 1732, mais on connait mieux celle de Pergolese, composée deux années après. C'est un opéra très réussi, d'une chaleureuse élégance, où la talent mélodique de Pergolese fait merveille, au point que certains y ont vu comme un avant-goût de Bellini.
   

4 commentaires:

Francois Gicquel a dit…

Je n'ai pas retenu beaucoup de choses de l'Adriano de Pergolèse... sûrement passé inaperçu dans un délire musical baroque à l'époque trop dense pour mes jeunes oreilles... Mais la villa, elle, m'a laissé un souvenir très particulier. Le site reste incroyable et vraiment gigantesque. C'est un lieu fascinant. La villa d'Este, quant à elle, n'en est pas moins intéressante... des jeux d'eau qui gardent l'esprit en éveil en toutes circonstances.

jefopera@gmail.com a dit…

Merci pour votre commentaire François !
La Villa Hadriana est effectivement un site fascinant, dont la découverte laisse un souvenir inoubliable? Cela faisait des années que je souhaitais la visiter, tout comme la Villa d'Este, que je vais évoquer la semaine prochaine, dans le dernier billet de cette série romaine.
Bien amicalement
JeF

Jean Claude Mazaud a dit…

A plusieurs reprises j'ai visité le fameux "duo" Tivoli/Villa Hadrien (une fois à pied entre les deux) : un excellent souvenir !
Excellent souvenir également du livre de Yourcenar (occasion de le relire?)
Refrain bien connu : de Pergolèse je ne connais que le Stabat Mater....qui ne pouvait évidemment pas illustrer ton article...
Merci pour cette ballade romaine que j'ai bien appréciée;
Excellent week-end et Amitiés
JC

jefopera@gmail.com a dit…

Nous finirons ce week-end avec Les jeux d'eau à la Villa d'Este. Ballade inoubliable en effet.
Avec toutes mes amitiés
JeF