vendredi 1 juillet 2016

Via del Corso avec Berlioz (Un été à Rome, 2)

On finit toujours, à un moment où à un autre de la journée, par se retrouver Via del Corso.
 
Ancienne Via Flaminia, c'est aujourd’hui une belle artère commerçante bordée de palais, qui relie le Forum à la Piazza del Popolo.

Jusqu’à la fin du 19ème siècle, elle était le théâtre d'un carnaval ancien et pittoresque, qui a inspiré à Berlioz l’une de ses compositions les plus célèbres.

Le Carnaval romain était même l’un des must du "Grand tour". Montaigne y assista en 1581 et l'évoqua dans son journal de voyage. Deux siècles plus tard, en 1787, Goethe fit de même, et loua une chambre Via del Corso pour être aux premières loges.

J’ai trouvé sur Internet le récit d’un prêtre français qui a séjourné à Rome dans les années 1860 et qui raconte ainsi les festivités :

Ce fameux carnaval dure huit jours. Chacun de ces jours, à deux heures de l'après-midi, un coup de canon annonce qu'on peut commencer à se promener à pied ou en voiture, et à se battre dans le Corso seulement, pas dans les autres rues. Je dis se battre, c'est-à-dire qu'on s'accable, qu'on s'inonde de confettis. Il faut être fou jusqu’au dernier jour avec les autres pour vous former une idée de ce brillant spectacle. Imaginez-vous voir une rue de près d’une lieue de longueur, c’est la rue du Cours de Rome.
  
C’est là que s’assemble la multitude innombrable des masques, des voitures et des curieux de toute espèce et de tous les pays du monde. Vous ne pouvez vous figurer quel charivari épouvantable toute cette masse bigarrée de toutes les couleurs produit sur les yeux et les oreilles et quand vous saurez que chaque individu est muni dans ses poches de dragées enfarinées et qu’il en jette à foison de toutes parts, vous avouerez qu’on ne peut voir un spectacle plus étonnant. En effet cette foule, ce bruit de tonnerre accompagné de la grêle blanche lancée des fenêtres et des voitures, le cri aigu des masques et la poudre qui tourbillonne dans les airs offrent un tableau tout à fait diabolique.
  
Après la bataille de dragées enfarinées, suivait une course de chevaux libres, appelée course de Barberi. Les festivités se terminaient par l'enterrement haut en couleurs du roi Carnaval, Il maestro Berlingaccio. Ses funérailles se déroulaient à la lueur de petites bougies allumées qu'on tient à la main, appelées moccoli.

Mais ce n'est pas le tout que d'avoir son moccolo, poursuit notre ecclésiastique ; il faut éteindre celui du voisin et conserver le sien ! mouchoirs, chapeaux, bouquets, confetti, tout s'emploie avec fureur à cette fin ; l'infortuné qui a sa bougie morte est montré au doigt, et on se moque de lui bruyamment. C'est une frénésie générale. Les cochers ont des moccoli au bout de leurs fouets ; on grimpe derrière les voitures, pour les éteindre, à l'aide d'éteignoirs au bout d'une perche. On escalade les balcons et les estrades pour souffler la lumière de tel ou tel qui ne se méfie de rien, et pendant ce temps, c'est vous-même qui vous trouvez "senza moccolo".

Mais revenons à Berlioz, qui, après trois échecs, réussit enfin à décrocher le prix de Rome, où il séjourne, à la Villa Médicis, de 1831 à 1832. Comme tout le monde, il assiste au Carnaval, s'y amuse, et note sur un bout de papier les rythmes et les mélodies qu'il entend.
 
Quelques années plus tard, de retour à Paris, il compose son opéra Benvenuto Cellini, d’après la vie du célèbre sculpteur italien de la Renaissance, et y introduit un pétulant Carnaval romain.

Son opéra fait malheureusement un four et est retiré de l’affiche à la septième représentation. Berlioz ne se décourage pas pour autant et décide de composer une grande pièce symphonique à partir de deux thèmes extraits du premier acte de Benvenuto. C’est une page magnifique, pleine de vie, dont l'orchestration, à la fois subtile et éclatante, est la meilleure illustration des principes du traité d'instrumentation et d'orchestration que Berlioz vient de publier.

Le premier thème est emprunté à la cantilène de Cellini Ô Térésa, vous que j’aime plus que ma vie ; il est confié au cor anglais solo. Le deuxième est un rapide Saltarello à 6/8 qui peint l'ambiance endiablée du Carnaval.
      


1 commentaire:

Jean Claude Mazaud a dit…

Après Venise, un été prometteur à Rome à moindres frais !! Cet abbé évoque avec talent le Carnaval de Rome, le tout couronné par la musique de Berlioz...
A tous les deux un excellent week-end à Rome ou ailleurs...
Amitiés
JC