jeudi 9 juin 2016

Requiem pour Bellini

Gabriel Garcia Alarcon, Basilique de Saint-Denis
Grâce soit rendue à Leonardo Garcia Alarcon de nous avoir fait découvrir hier soir, dans le cadre du Festival de Saint-Denis, le superbe Requiem de Donizetti. 
  
Une oeuvre méconnue, qui s'impose pourtant avec évidence comme le chaînon manquant entre les deux chefs d'oeuvre de la musique sacrée italienne que sont le Stabat Mater de Rossini et le Requiem de Verdi.

Ce que le jeune chef espagnol a fort judicieusement mis en lumière en jouant, avant le Requiem, une Sinfonia de Mercadante sur des thèmes du Stabat Mater de Rossini.

Dans ce Requiem de Donizetti, explique-t-il, on anticipe celui de Verdi dans la force des chœurs qui font penser aux enfers, dans les trompettes, les profondeurs, ou dans la manière de traiter la flûte et les clarinettes avec une grande douceur qui nous rappellent des duos de l’opéra napolitain, atmosphère ensoleillée d’un jour de printemps à Naples. Le Dies irae et le Libera me final sont à cet égard particulièrement frappants.

Nous sommes en septembre 1835 et Donizetti assiste aux ultimes répétitions de sa Lucia di Lammermoor lorsqu’on vient lui apprendre la mort de Vincenzo Bellini, emporté par une tumeur foudroyante. Il n'avait pas encore 34 ans.
  
Sous le coup de l’émotion, Donizetti s’enferme dans son cabinet de travail et commence à écrire une messe de requiem, la dernière preuve de mon amitié pour l'ombre du pauvre Bellini dit-il. La partition restera toutefois inachevée (pas de Sanctus, de Benedictus et d'Agnus Dei) et Donizetti ne l'entendit jamais jouer. Elle ne fût en effet publiée qu'en 1870 et retomba dans l'oubli jusqu'à ce que ce que le musicologue hongrois Vilmos Lesko en propose une édition critique, en 1975, à partir du manuscrit original.
  
A la tête du Chœur de chambre de Namur et de l'orchestre Milenium, Alarcon a livré du Requiem une interprétation poignante, d'une grande intensité dramatique, en mettant particulièrement bien en valeur les contrastes dynamiques et la richesse polyphonique de la partition.
  
Et puis, comme autant de moments de grâce entre deux passages orchestraux et choraux, la magie du Bel canto, bien sûr, superbement incarnée par les cinq solistes (Giuseppina Bridelli, mezzo, Francesca Aspromonte, soprano, Fabio Trümpy, tenor, Nicolay Borchev et Philippe Favette, basses).


1 commentaire:

Jean Claude Mazaud a dit…

Curieux, hier j'écoutais justement Lucia...Bellini que j'adore méritait bien une messe de Requiem !
Le concert de St Denis a peut-être été enregistré ?
Amitiés.
JC