vendredi 27 mai 2016

Mahler ouvre le Festival de Saint-Denis

Hier soir à la Basilique de Saint-Denis, premier concert du Festival annuel. En attendant l’Euro 2016, la musique reprend ses droits dans notre vieille cité qui n’a pas été ménagée au cours des derniers mois.

Mikko Frank était à la tête de l’Orchestre Philarmonique de Radio France. Le Chœur de Radio France était placé sous la direction de Sofi Jeannin et la mezzo-soprano japonaise Mihoko Fujimura chantait le magnifique O Mensch du quatrième mouvement.

Ecrite durant les étés 1895 et 1896, c’est la plus longue des symphonies du compositeur, une heure quarante environ. Wikipédia nous apprend qu’elle serait aussi la deuxième symphonie la plus longue de tout le répertoire classique, après la première symphonie d’un certain Havergal Brian.

Sa genèse repose sur un programme exaltant la nature et reprenant les étapes de la création. Le premier mouvement symbolise les forces telluriques, le second la végétation, le troisième les animaux, le quatrième la naissance de l'homme, le cinquième les anges et le dernier l'amour.

Mahler explique : Toute nature y trouve une voix pour raconter quelque chose que l’on ne devine qu’en rêve… Ce n’est presque plus de la musique, ce ne sont pour ainsi dire que des bruits de la nature. Cela donne le frisson de voir comment la vie se dégage progressivement de la matière inanimée et pétrifiée, jusqu’à ce qu’elle se différencie de degré en degré dans des formes d’évolution toujours plus élevées : les fleurs, les animaux, l’homme, jusqu’au royaume des esprits, jusqu’aux anges.

L’œuvre se compose de deux parties, le premier mouvement d’une part, les cinq suivants d’autre part.

Mahler décrit le premier mouvement de la façon suivante : Pan se réveille, l'été entre, ça résonne, ça chante, ça pousse de toute côté. Et entre tout cela, quelque chose d'infiniment mystérieux et douloureux comme la nature morte, attendant, dans une immobilité vague, la vie future.

Après un appel de cors qui rappelle le thème central de la première symphonie de Brahms, le développement évoque le choc originel des éléments. On entend résonner une marche joyeuse, un peu lourdingue, dans laquelle Richard Strauss voyait des régiments de travailleurs défilant un jour de 1er mai. Une marche, ou plutôt des marches qui s'enchaînent et résonnent en contrepoint les unes des autres, dans une technique proche du collage, dont Charles Ives se souviendra.

Après les chaos originel et le choc des éléments, la Terre se peuple de créatures.

Un charmant menuetto évoque les plantes et les fleurs. "Ce que les fleurs sur le pré me racontent" est la page la plus insouciante que j’ai composée, insouciante comme seules peuvent l’être les fleurs écrit Mahler.

Les animaux sont mis en scène dans un vigoureux scherzo, le plus bouffon et le plus tragique qui soit dit Mahler. Scherzo au milieu duquel, comme une pause sur image, le compositeur introduit un merveilleux moment de poésie sous la forme d'un long solo de cor, un instant magique, suspendu, d’une grande beauté. Mais Mahler déchaîne juste après les éléments, dans un violent piétinement, qui rappelle peut-être dans sa sauvagerie à quel point sont fragiles les civilisations que la nature risque à tout moment d’engloutir.

Ceci mène sans coupure au quatrième mouvement, Ce que l'homme me raconte. Dans une atmosphère mystérieuse et légèrement sombre, se font entendre les mots O Mensch, Gib acht extraits du Zarathoustra de Nietzsche. Les cinéphiles se souviendront que ce quatrième mouvement fût utilisé par Visconti, dans la bande musicale de Mort à Venise, de même que le célèbre adagietto de la cinquième symphonie

Le cinquième mouvement, Ce que les anges me racontent, fait intervenir un chœur de garçons, accompagné par des cloches étincelantes. Il entonne un chant du Knaben Wunderhorn, brillant de couleurs lumineuses. La partie centrale du mouvement, interprétée par la mezzo et le chœur de femmes, devient toutefois plus mélancolique. Comme si l’innocence du début ne pouvait que se briser ou s’éteindre.

Le mouvement final est un immense adagio. Longtemps seules, les cordes laissent à la fin l’orchestre au complet venir conclure la symphonie dans une péroraison triomphante en ré majeur. Le dernier accord claque sous les voûtes de la Basilique, les applaudissements retentissent, le public est ravi.

La symphonie est jouée une seconde fois ce soir, par les mêmes musiciens, avec diffusion du concert en direct sur Arte.
  

2 commentaires:

Jean Claude Mazaud a dit…

Ouverture en beauté donc ! Belle analyse de la symphonie...
Bon Week-end
JC
Ps : Déçu car je n'ai pas trouvé la retransmission sur Arte...

jefopera@gmail.com a dit…

Cela a peut-être été enregistré pour une retransmission future, je vais aller vérifier sur le site.
Très bon dimanche
Amitiés
JF