mercredi 4 mai 2016

La visite de Wagner à Rossini

En mars 1860, Wagner, venu à Paris présenter Tannhäuser, rend visite à Rossini, alors au faîte de sa gloire. Un compositeur belge, Edmond Michotte, ami des deux, assiste à cette visite. 
  
La scène a lieu à Paris, en mars 1860, un début d’après-midi, dans le vaste appartement qu’occupe Rossini au premier étage d’un immeuble situé au carrefour de l’actuelle rue de la Chaussée d’Antin et du boulevard des Italiens.
  
Sans doute conscient que le moment est historique, Michotte prend en note les propos et en fait un petit livre, qui parait en 1906, La Visite de Wagner à Rossini
  
Actes Sud l'a judicieusement réédité il y a quelques années.
  
En le lisant avec une gourmandise toute rossinienne, j'ai eu l'impression d'être une petite souris cachée sous la commode. La discussion est aussi brillante que passionnante ; on passe en revue le milieu musical de l'époque et, bien sûr, chacun argumente pied à pied sur la réforme de l'opéra. Wagner expose sa conception de la "musique de l'avenir" et Rossini, avec la finesse d'esprit qui le caractérise, comprend vite qu'il a en face de lui un théoricien inspiré et un interlocuteur de génie qui sait déjà parfaitement ce qu'il veut et où il va. 
  
Wagner est plein de fougue et Rossini, tout en rondeur et bonhomie, montre de temps à autre son bel esprit. Les échanges n'en restent pas moins fort courtois, empreints d'un grand respect de part et d'autre :
  
Wagner - Je veux la mélodie libre, indépendante, sans entraves. Une mélodie spécialisant en son contour caractéristique non seulement chaque personnage de manière à ce qu'il ne soit pas confondu avec un autre mais encore tel fait, tel épisode inhérents à la contexture du drame. Et quant à cette mélodie-là, vous-même, maestro, vous en avez stéréotypé un spécimen sublime dans la scène de Guillaume Tell "Sois immobile".....

Rossini - De manière que j'ai fait là de la musique de l'avenir sans le savoir ?

Wagner - Vous avez fait là, maestro, de la musique de tous les temps et c'est la meilleure.

Actes Sud fait savoir que ce texte est le premier d’une série consacrée à la redécouverte de textes anciens et rares sur la musique. Excellente nouvelle.

2 commentaires:

Jean Claude Mazaud a dit…

Ton article donne envie de lire ce bouquin qui semble en effet passionnant...
Je croyais que tu avais déjà évoqué cette étonnante rencontre (?), mais je n'ai pas retrouvé ton billet...
Amitiés
JC

jefopera@gmail.com a dit…

Oui, c'est peut-être un peu romancé mais très agréable à lire. Il me semblait aussi en avoir déjà dit un mot, mais peu-être juste sur Facebook....
Excellent week-end ensoleillé !
JeF