mardi 31 mai 2016

Hummel, génie méconnu

Récemment découverts sur Radio Classique -dont la programmation est loin d'être aussi conventionnelle que ce que certains laissent entendre- les deuxième et troisième concertos pour piano de Johann Nepomuk Hummel, joués par l'excellent Stephen Hough. Ils sont tellement beaux que je les passe en boucle depuis le début du mois.
  
Né en 1778 à Pressburg, aujourd'hui Bratislava, Hummel reçoit ses premières leçons de musique de son père, musicien de l'École impériale de musique militaire et chef d’orchestre du théâtre. La famille s'installe ensuite à Vienne et le jeune Nepomuk (quel joli prénom !) est admis comme élève de Mozart qui l’héberge près de trois ans chez lui (1786-1788) et grâce à qui il donne son premier concert, à Dresde, à neuf ans, en 1787. Il fût dit-on l'élève préféré de Mozart.
  
Hummel entreprend ensuite une grande tournée européenne au cours de laquelle il rencontre les plus célèbres compositeurs de l'époque, Haydn, Clementi et Salieri.
  
Vers cette époque, le jeune Beethoven arrive à Vienne. On dit souvent qu’il y eut une rivalité marquée entre les deux compositeurs, ce qui est un peu exagéré. Si leurs relations connurent des hauts et des bas (le mauvais caractère de Beethoven y était sans doute pour beaucoup), ils demeurèrent en fait toujours amis et c'est du côté de leurs partisans respectifs qu'il y eût le plus d'animosité.
   
Hummel a 26 ans lorsqu’en 1804 il succède à Joseph Haydn, comme Konzertmeister chez le prince Esterházy et y restera jusqu'en 1811. En mai 1813, il épouse la chanteuse Elisabeth Röckel, qui lui donnera deux fils. Trois ans plus tard, la famille déménage à Stuttgart, où le musicien est nommé maître de chapelle. L'année suivante, tout le monde part pour Weimar. Hummel y demeurera jusqu'à son décès, en 1837.
  
Hummel est l'auteur d'une abondante production, au sein de laquelle à peu près tous les genres sont représentés, à l'exception notable de la symphonie. La figure de Beethoven était-elle trop écrasante ?
  
Sa musique de chambre comprend deux septuors, un sextuor, un quintette pour piano et cordes, trois quatuors à cordes, un quatuor avec piano, un autre avec clarinette, sept trios avec piano, des sonates pour violon et piano, flûte et piano, et même une pour mandoline et piano.

On compte aussi des messes, des cantates, de la musique de scène et 22 opéras, pour la plupart oubliés ou carrément perdus. On a paraît-il retrouvé récemment des fragments dans des bibliothèques autrichiennes. Un seul a été à ma connaissance enregistré, Mathilde de Guise.
  
Si l'on ne connait guère Hummel, aujourd'hui,  que pour son célèbre concerto pour trompette, rendu populaire par Maurice André, il faut vraiment découvrir ses huit concertos pour piano (les deuxième, troisième et cinquième sont de vraies merveilles) ainsi que ceux pour violon, pour mandoline et pour basson.
  
Les concertos pour piano enregistrés par Stephen Hough et l'English Chamber Orchestra témoignent d'une grande maîtrise d'écriture et d'une inspiration mélodique belcantiste absolument irrésistible. Ils sont certes encore caractéristiques du style classique mais montrent aussi un certain nombre d'innovations sur le plan du jeu de piano (accords arpégés, glissandos) qui les font, un peu comme ceux de Mendelssohn, jeter un pont très intéressant entre Mozart et Chopin. Chopin justement, qui n'avait pourtant pas le compliment facile, aurait dit un jour que Mozart, Beethoven et Hummel sont les maîtres que nous reconnaissons tous. Je commence à comprendre pourquoi.
  

1 commentaire:

Jean Claude Mazaud a dit…

Décidemment sur "ce" blog on va de découverte en découverte...Bravo !
Beaucoup aimé ce concerto pour piano n°2 !
Bonne journée...
Je partage ton avis en ce qui concerne la programmation de radio Classique.
Amitiés
JC