dimanche 17 avril 2016

Opéras improbables

The Enchanted organ, porn'opera
Décidément, les Maisons d'opéra ne cessent de nous surprendre. L'Opéra de Santa Fe a ainsi récemment annoncé qu'il allait mettre en scène l'ancien patron d'Apple dans une oeuvre intitulée The (R)evolution of Steve Jobs.
  
Le compositeur Mason Bates explique : J’ai pensé qu’il y avait un moyen d’écrire quelque chose sur un ingénieur créatif qui serait le clou de l’histoire. Et Steve Jobs est à la fois un créatif, un ingénieur et un humaniste.
  
L’opéra, qui verra le jour en 2017, retrace la vie professionnelle et personnelle de l’entrepreneur américain, mettant notamment en scène sa relation avec sa femme, Laurene Powell Jobs, et son père, Paul. Pour le livret, l'opéra de Santa Fe a fait appel à Mark Capbell, prix Pulitzer 2012 pour son opéra Silent Night sur la guerre de 14. On verra si le portrait est plus flatteur que celui dressé dans le film de Danny Boyle.
  
Les Etats-Unis font un opéra sur Steve Jobs, la France sur Lolo Ferrari. A chacun ses héros.
  
En 2013, le Théâtre des arts de Rouen avait mis sur scène l’ancienne actrice de X connue pour sa poitrine démesurée. A défaut de loloches, les bras m'en étaient à l'époque tombés. Frédéric Roels, directeur du théâtre, avait alors présenté Lolo Ferrari comme une nouvelle héroïne dramatique, un exemple tragique des transformations qu’on peut imposer à son corps pour répondre à des fantasmes. Après 25 opérations de chirurgie esthétique, la pauvre fille avait succombé à une overdose de médicaments, après avoir, tout le long de sa courte vie, subi les pressions de son mari pour pousser son corps à bout. La production (musique de Michel Fourgon) avait été accueillie avec un succès de curiosité.
   
Il faut dire que dans le genre trash, les Anglais avaient tiré les premiers avec Anna Nicole, opéra créé en 2011 au Royal Opera House de Londres. Les parallèles entre les deux femmes sont d'ailleurs nombreux : Anna Nicole Smith avait aussi commencé sa carrière comme stripteaseuse, avant d’être repérée par un photographe sur les conseils duquel elle subit de nombreuses opérations de chirurgie esthétique, destinées à la faire le plus possible ressembler à Marylin, son idole.

L'investissement fût plutôt rentable pour Anna Nicole, qui réussit peu après à épouser un milliardaire gâteux, lequel passa l'arme à gauche à peine deux ans après le mariage.  Elle se se bâtit pour récupérer l’héritage, perdit tragiquement son fils de 20 ans, et, comme Lolo, succomba à une overdose de médicaments.

L’opéra, composé par Mark Anthony Turnage sur un livret de Richard Thomas, a divisé les critiques mais a connu un joli succès public, au point d'être remis au programme du Royal Opera House un an après sa création.
  

Revenons aux Etats-Unis avec The Enchanted organ, "porn'opera" donné à New York en 2014. Se voulant à la fois célébration de la sexualité et satire de l’industrie pornographique, The Enchanted organ commence par un jeu de mots, organ faisant, comme en français, référence à la voix aussi bien qu'au sexe. La musique relève du genre collage, passant de l’oratorio baroque aux anciens hymnes grecs, avec une pointe de Casse-Noisette et plusieurs bandes-sons de films porno des années 70. Ce patchwork musical est dirigé par le duo Gordon Beeferman (à la composition) et Charlotte Jackson (pour le livret). 
  
Imaginez sur scène un sanglier, des grenouilles et des vaches, cinq hommes sandwichs (ou plutôt hotdogs) et, dans le rôle principal, un cochon en quête d’amour. Voilà Gloria – a pigtal, avec en fond sonore Mahler, Wagner, assaisonnés de jazz et de musique bavaroise. Volontairement loufoque, cette production imaginée par la troupe britannique Mahogany Opera Group souhaite créer des nouveaux opéras, d’une nouvelle manière. Sur ce plan, le pari est tenu. Mis en musique par un certain Gruber sur un livret de Rudolf Hertfurtner, il a été donnée l’année dernière au Royaume-Uni.
  
Avatars de l'Opéra de Quat'sous, ces deux dernières créations relèvent sans doute davantage du cabaret, et je ne sais pas si l'on peut encore parler d'opéra. Mais ce qui est sûr, c'est qu'en découvrant les sujets, je me suis dit que mon poisson d'avril sur Loana était finalement bien gentil, et qu'encore une fois, la réalité dépassait largement la fiction.

2 commentaires:

Jean Claude Mazaud a dit…

A priori, je ne suis pas tellement partant...

jefopera@gmail.com a dit…

Moi non plus !