dimanche 6 mars 2016

Mémoire de Palmyre (2/3) : La reine Zénobie

Palmyre, petit temple de Baalshamin (détruit) - Photo Jefopera
Nous sommes en 267 après JC, à Palmyre. Le roi Odénat et son fils aîné Herodes viennent d'être assassinés. La reine Zénobie monte sur le trône et montre dès ses premiers jours de règne un caractère bien marqué. Notamment sur le terrain extérieur, où elle profite des difficultés des Romains à maîtriser ses turbulents voisins, les Perses Sassanides, pour partir en campagne, et conquérir la Syrie, la Phénicie et l’Égypte.
  
En à peine trois années de règne, Zénobie parvient ainsi à se constituer un puissant royaume. Mais cela ne lui suffit pas. S'estimant l'égale du souverain romain, elle proclame son jeune fils empereur de Rome en août 271, prenant elle-même le titre d’Augusta -ce qui signifie "impératrice". La ligne rouge est franchie.
  
A Rome, Aurélien vient se se faire proclamer empereur. Dans un premier temps, Zénobie tente de négocier afin que son fils soit associé à son pouvoir, comme semblent en témoigner des monnaies émises en Égypte portant l’effigie des deux personnages. Mais Aurélien, qui a aussi du caractère, ne l'entend pas de cette oreille, et décide de mettre un terme définitif aux activités de Zénobie.
  
Il commence par la chasser d'Egypte, puis entreprend une expédition en Asie Mineure, où une série de victoires sur les troupes de Zénobie lui ouvre la route de Palmyre. Dépourvue de remparts, la ville tombe sans combat et Zénobie est capturée. Emmenée à Rome, elle orne le triomphe d'Aurélien puis est exilée à Tivoli. On ignore la date, le lieu et la cause de sa mort.
  
Comme Cléopâtre, ce destin exceptionnel fît de Zénobie une parfaite héroïne d’opéra. Encore faut-il bien s'assurer de quelle Zénobie on parle.
  
Je me suis en effet aperçu que l'on confond souvent la reine de Palmyre avec une autre Zénobie, épouse du roi d'Arménie Rhadamiste, au 1er siècle de notre ère. C'est elle que l'on retrouve dans Polyeucte (1643) de Corneille, tragédie dont s'est inspiré un librettiste vénitien, Matteo Noris dans sa Zenobia. Laquelle Zenobia fût utilisée comme livret dans deux opéras, l'un de Giovani Boretti (1666), l'autre de Tomaso Albinoni (1694).
  
Haendel s'intéressa aussi à la reine d'Arménie et demanda à Haym de lui écrire un livret pour son Radamisto (1720). Quelques années plus tard, le grand Metastase s'empara à son tour du sujet et écrivit une tragédie qui sera utilisée par de nombreux compositeurs : Predieri et Sbacci en 1740 à Venise, Perez à Turin en 1741, Piccinni à Naples en 1756, Bocchi à Londres en 1758, Sala à Naples en 1761 et Hasse à Vienne en 1763.

J'en oublie certainement, mais là n'est pas le sujet, et laissons la reine d'Arménie pour retrouver celle de Palmyre.
  
On la rencontre semble-t-il pour la première fois dans Zenobia in Palmira, un opéra de Leonardo Leo, créée à Naples en 1725 avec Farinelli, sur un livret du Vénitien Apostolo Zeno.
  
Un peu plus tard, en France, en 1758, un certain Joseph Jouve écrit une Histoire de Zénobie, Impératrice de Palmyre, dont s'inspire quelques années plus tard un écrivain italien, Aldemario Tegisto, dans une tragédie, Zenobia Regina di Palmira. Tragédie dont l'abbé Gaetano Sertor tire un livret d'opéra pour Pasquale Anfossi, dont la Zenobia in Palmira connaîtra un grand succès, au San Benedetto de Venise en 1789, puis un peu partout en Europe, notamment à Florence, Varsovie, Bologne et Leipzig.
  

3 commentaires:

Jean Claude Mazaud a dit…

De l'Histoire, de l'Opéra,du Bonheur !
J'attend le 3° article avec impatience...
Bonne soirée.

jefopera@gmail.com a dit…

Il sera plus court !

MartinJP a dit…

Effectivement, le chemin de la reine est sinueux, les copie, recopie, réemploi de livrets étaient monnaie courante à ces époques où les droits d'auteur n'existaient pas, et les mêmes sujets ont été rabachés, mais pas trop l'histoire de Zénobie à ce qu'il semble. Peut-être un jour sera-t-il possible de faire revivre Palmyre sur scène ? Idée à suggérer aux directeurs de maisons d'opéra....