samedi 6 février 2016

Héliogabale, drama queen

En 1910, à Béziers, 160 chanteurs et plus de 400 musiciens sont réunis dans les arènes pour la première d'un opéra fabuleux : Héliogabale, tragédie lyrique en trois actes de Marie-Joseph-Alexandre Déodat de Séverac.
 
Le livret en vers est signé d'un certain Emile Sicard. Eugène Ronsin dessine des décors somptueux et extravagants, dans le style de Gustave Moreau. Le spectacle est grandiose, les critiques s'enflamment, et tout sombre dans l'oubli. Au point que je n'en ai trouvé aucun extrait sur Youtube.
 
Élève de Vincent d'Indy et d'Albéric Magnard, Déodat de Séverac n'est lui-même plus guère connu de nos jours que pour quelques œuvres pittoresques et colorées, aux accents marqués du terroir languedocien, une musique qui sent bon disait Debussy.

Mais revenons à notre personnage.

Héliogabale est l'un des empereurs romains les plus hauts en couleur. L'historien Jules Zeller, dans Les Empereurs romains, caractères et portraits historiques (1862), le décrit comme un prêtre imberbe et voluptueux venu de Syrie, qui couchait dans des lits d'argent massif, sur du duvet pris sous les ailes des perdrix et se faisait traîner dans des chars d'or attelés d'éléphants, de tigres apprivoisés et de femmes nues.
  
Gérard Oberlé (La vie est ainsi fête, Grasset, 2007), reprenant l'historien romain Lampridius, ajoute qu' Héliogabale se promenait dans Rome vêtu en femme, avec des étoffes de soie et d'or et une robe traînante à la phénicienne, le tour des yeux peint, les joues fardées en vermillon, portant la tiare des prêtres du soleil, un collier, des sandales ornées de pierres gravées, escorté d'eunuques, de courtisanes, de nains et de bouffons.

Le 11 mars 222, au terme de quatre années de règne, les officiers de la garde prétorienne, sans doute lassés par ses extravagances, le capturent dans son palais, le tuent dans les latrines où il s'était réfugié, lui coupent la tête, la jettent à l'égout et balancent le reste dans le Tibre. Triste fin pour un garçon aussi raffiné.

Si l'opéra de Déodat de Séverac est tombé dans l'oubli, celui de Cavalli a relativement bien tenu le coup.

Eliogabalo fut composé en 1667 en vue d'être créé au Teatro San Giovanni e Paolo de Venise mais, pour des raisons inconnues, n'a jamais été donné dans ce cadre, ni même du vivant du compositeur. Et comme beaucoup d’œuvres de ce répertoire, il dût attendre la seconde moitié du 20ème siècle pour être ressuscité.

Mais nous aurons l'occasion de revenir sur l'opéra de Cavalli, car, et c'est une surprise de taille, c'est lui qui devrait ouvrir la prochaine saison de l'Opéra de Paris, dans une mise en scène de Thomas Jolly, direction de Leonardo Garcia Alarcon, Franco Fagioli dans le rôle-titre.
   

4 commentaires:

Jean Claude Mazaud a dit…

Curieux comme certaines œuvres tel cet opéra de Déodat, après avoir connu le succès, peuvent tomber dans l'oubli : pourquoi ?
Difficile certainement d'imaginer un livret plausible sur un personnage aussi pittoresque que cet empereur romain...
Bon dimanche et Amitiés de
JC
Au travail !

jefopera@gmail.com a dit…

Oui, c'est vrai, à moins de tomber dans le burlesque....
Très bon dimanche à toi aussi
JeF

MartinJP a dit…

Quel personnage en effet ! À l'instar des opéras baroques, il faudrait enfin commencer à ressortir tout ce répertoire français des archives.

jefopera@gmail.com a dit…

Le Palazetto Bru-Zane, le Festival de Montpellier et l'Opéra Comique s'y emploient, et il ne faut pas oublier que l'Opéra de Paris a proposé l'an dernier le Roi Arthus de Chausson, l'Opéra du Rhin Pénélope de Fauré. Mais le répertoire est tellement vaste et tant d'œuvres sont à redécouvrir. Par exemple la production de Saint-Saëns, qui, à l'exception de Samson et Dalila (à l'affiche l'an prochain à Bastille), est complètement passée à la trappe.