dimanche 20 décembre 2015

Kurt Masur (1927 - 2015)

"Le célèbre chef d'orchestre allemand Kurt Masur est mort ce samedi 19 décembre à Greenwich, dans le Connecticut, à l'âge de 88 ans. 

Le président du New York Philharmonic, Matthew VanBesien, l'a annoncé dans un message: 

«C'est avec une profonde tristesse que j'écris au nom de la famille Masur et du New York Philharmonic que Kurt Masur, qui fut notre directeur de la musique de 1991 à 2002 et garde ce titre émérite, est décédé», a déclaré Matthew VanBesien.

Masur était bien connu du public parisien depuis que, en 2002, il avait été appelé à la tête de l'Orchestre national de France, en quête d'une personnalité charismatique après les difficiles années Charles Dutoit : il avait établi un lien très fort avec les musiciens, leur redonnant ambition et fierté, tant dans le répertoire allemand que dans la musique russe. Le lien affectif était demeuré au-delà de son mandat: fait chef honoraire en 2008, il avait continué à diriger à Paris malgré les effets de la maladie de Parkinson, jusqu'à tomber du podium en 2012. Le public s'était habitué à sa grande taille et à sa forte stature, ainsi qu'à son style de direction sans chichi, au besoin rugueux, parfois prosaïque mais d'une grandeur impressionnante quand il était inspiré.

Masur était né en Silésie en 1927 et aurait travaillé auprès de son père électricien si les cours de piano suivis par ses sœurs n'avaient suscité son intérêt. Il se jette à corps perdu dans la musique, se voyant pianiste jusqu'à ce que le diagnostic d'un tendon trop court au petit doigt de la main droite l'oriente vers la direction. Enfant rêveur et timide, il s'impose des épreuves physiques pour s'endurcir. 
  
Mobilisé en 1944, il échappe au bombardement de Dresde lors d'une permission. Son premier poste important lui échoit en 1955: la Philharmonie de Dresde. Son nom commence à dépasser les frontières, mais il refuse les propositions de l'Ouest. Lorsqu'on lui demande «pourquoi travaillez-vous avec les communistes?», Masur répond: «je ne travaille pas avec les communistes mais avec les musiciens du Philharmonique de Dresde.» Il prend la direction musicale du Komische Oper de Berlin-Est de 1960 à 64. Il y travaille avec Walter Felsenstein, qui révolutionna la mise en scène d'opéra, mais les rapports entre les deux hommes ne sont pas faciles, Masur n'étant pas prêt à rogner sur ses prérogatives musicales.

La consécration arrive en 1970 : il prend les rênes du Gewandhaus de Leipzig, l'orchestre de Bach et Mendelssohn. Il y restera 27 ans, dirigeant plus de 900 concerts en tournée. Il y enregistre le grand répertoire germanique, Beethoven, Schumann, Mendelssohn, Brahms, Bruckner, maintenant vivante la tradition saxonne d'un orchestre dont le son a résisté à l'internationalisation. Il fait construire la nouvelle salle du Gewandhaus, inaugurée en 1981: l'orchestre était sans salle attitrée depuis le bombardement de l'ancien Gewandhaus en 1943! 
  
En 1989, il joue un rôle essentiel dans le déroulement pacifique de la réunification de l'Allemagne: lors des «manifestations du lundi», il est aux côtés de la population et ses appels au calme sont entendus. C'est en chef d'Etat qu'il accueille François Mitterrand dans Leipzig libérée.

Il prend de 1991 à 2002 la direction musicale de l'Orchestre Philharmonique de New York, puis du London Philharmonic Orchestra de 2000 à 2007. Père de cinq enfants, il était marié depuis 1975 à la Japonaise Tomoko Sakurai, qui l'avait sauvé du désespoir après la perte de sa deuxième femme, morte dans un accident de voiture provoqué par lui."

Christian Merlin, pour Le Figaro


1 commentaire:

Jean Claude Mazaud a dit…

Je pensais bien que tu rendrais hommage à Kurt Masur...
Merci et Bon Dimanche.
Avec toute mes amitié.
JC