mardi 1 décembre 2015

Alan Hovhaness, musicien du monde, de l'amour et de la paix

Il a écrit une musique mystérieuse, contemplative et spirituelle, qui glorifie la beauté de la nature et relie les hommes, d’une époque à l’autre et d’un continent à l’autre. Une musique qui apaise et fait du bien, à un moment où tout le monde en a bien besoin.
  
Né en 1911 dans le Massachusetts, d'un père arménien et d'une mère écossaise, Alan Hovhaness s'initie très tôt à la musique et étudie au conservatoire de Boston. A peine âgé de 13 ans, il a déjà composé deux opéras. À la fin des années 1930, il visite la Finlande et rencontre Jean Sibelius, qu’il admire beaucoup et avec lequel il conservera des liens amicaux.
  
En 1936, il écrit une première symphonie, intitulée Exile. C’est une très belle page d’orchestre, encore influencée par Sibelius et l’école britannique (on pense à Walton, Delius, et surtout à Vaughan Williams) mais où l'on perçoit déjà clairement le mélange de sonorités modales, de contrepoint et de mélodies orientales qui sera sa marque de fabrique.
  
Au début des années 40, grâce à une bourse de la Fondation Guggenheim, il entre à l'école de Tanglewood et étudie dans la classe de Martinu. C’est à cette période qu’il décide de se consacrer à l’étude approfondie de la culture et la musique arméniennes.

Au cours d’un autodafé, il détruit une part importante de ses compositions (plus de 500 partitions a-t-on dit), qu’il estime trop influencées par l’héritage post romantique. Les mauvaises langues prétendent qu’il se serait en réalité fait de la pub, conservant des copies des partitions prétendument détruites pour les réutiliser dans ses futures compositions. Mais on ne saura sans doute jamais le fin mot de l'histoire.
  
C’est aussi à cette période que commence à se dessiner nettement son style musical, que l’on reconnait à plusieurs de ses caractéristiques :
  
1 – Hovhaness a créé une technique, qu'il appelle « murmure de l'esprit » selon laquelle les instruments, principalement des cordes, improvisent librement à l'intérieur des limites définies, en utilisant des échelles modales ou des tons entiers. Il l’introduit pour la première fois dans un concerto pour piano de 1944 intitulé Lousadzak, the coming of light.
  
2 – Une autre caractéristique de l’écriture d’Alan Hovhaness est l'usage de lignes mélodiques solo sur continuo de cordes, ce qui lui donne une grande vocalité. On perçoit cela très clairement, par exemple, dans l’une de ses œuvres les plus célèbres, un superbe solo de trompette sur tapis de cordes intitulé The Prayer of St Gregory (extrait de son opéra Etchmiadzin).
  
3 – Le marqueur le plus évident du son Hovhaness me semble toutefois relever de l’ambiance mystique, spirituelle, voire planante, que dégagent la plupart de ses œuvres. Cette impression, voulue et habilement créée, résulte de procédés archaïsants, tels que la fugue, le contrepoint et surtout, le recours quasi systématique à des harmonies consonantes, organisées sous forme modale ou chromatique. On retrouvera tout cela, à partir de la fin des années 80, dans la musique New-age, qui s’inspire directement du « son Hovhaness ».
  
4 – Voyage dans le temps par le recours à des formes archaïsantes, mais aussi voyage dans l’espace, avec l’utilisation de motifs et d’instruments découverts au cours des nombreux voyages du compositeur en Asie, la musique de Hovhaness réalise une synthèse originale et je pense très réussie entre Orient et Occident. En ce sens, on a pu voir en lui le père de la World music.
  
New-age, World, et même easy-listening music, les paternités de Hovhaness sont nombreuses, et l’on ne s’étonnera pas que l’avant-garde américaine et les ayatollahs du sérialisme ont violemment dénigré ses compositions, leur reprochant notamment d’être « trop faciles à jouer ». Ce qui n’est pas faux mais n’est pas un argument, notamment parce que la complexité d’exécution n’a jamais constitué un critère de qualité musicale. Et puis, rappelons-le, Hovhaness a écrit nombre de ses partitions pour ses étudiants ; à l’instar des compositeurs baroques qu’il admirait beaucoup, il s’est donc adapté aux moyens disponibles.
  
D'autres compositeurs ont toutefois témoigné pour Hovhaness un profond respect, au premier rang desquels John Cage, qu’on ne peut suspecter de conservatisme. Virgil Thomson admirait également beaucoup sa musique : La grande qualité de sa musique, la pureté de son inspiration sont mis en évidence par l'extrême beauté de son matériel mélodique (original et ne se limitant pas à un folklore récupéré) et dans la douceur parfaite du goût laissé dans la bouche. Il n'y a aucune vulgarité dans ce matériel mélodique, rien de clinquant, de sot, de facile, aucune intention triviale. Il fournit délectation à l'oreille et plaisir à la pensée.
  
Pour clore un débat qui ne me semble pas avoir lieu d’être, rappelons juste l’influence directe d’Alan Hovhaness sur les compositeurs américains de l’école minimaliste (Terry Riley, John Adams, Steve Reich, Philip Glass) mais aussi sur des musiciens européens de premier plan, notamment le polonais Henryk Gorecki, le finlandais Einojuhani Rautavaara et surtout l’estonien Arvo Pärt.
   

Mais revenons à sa biographie.
   
Hovhaness obtient un poste d'enseignant au conservatoire de Boston. Après l'attribution de sa première bourse Guggenheim, en 1951, il déménage à New York, où il dirige le New York Philarmonic dans plusieurs de ses œuvres et se lie d’amitié avec Leopold Stokowski. En 1955, ce dernier est nommé chef de l'Orchestre symphonique de Houston et demande à Hovhaness une création pour son concert d'ouverture. Le résultat est une symphonie, la deuxième, intitulée Mysterious mountain, sans doute la plus populaire de ses œuvres.

C’est d’ailleurs comme cela que je l’ai découvert. En allant fourgonner dans la riche collection de Discmuseum, je me suis aperçu que Fritz Reiner avait gravé cette symphonie, que j’ai téléchargée et écoutée avec beaucoup de plaisir.
Les montagnes, disait Hovhaness, représentent des symboles, comme des pyramides, de la tentative de l'homme de connaître Dieu. Ce sont des lieux de rencontre symbolique entre les mondes matériel et spirituel. J'ai d’ailleurs toujours considéré la nature comme étant l'habit de Dieu.

On retrouvera ce thème de la montagne dans nombre de ses partitions.


En 1959, Hovhaness entame une série de voyages en Orient. En Inde tout d’abord, où il découvre la musique traditionnelle et s’en inspire dans l’écriture de sa 8ème symphonie, Arjuna. Puis au Japon, où il se plonge dans le théâtre Nô et le Gagaku (musique de cour japonaise ancienne) et compose la Fantasy on Japanese Woodprints, un concerto pour xylophone particulièrement réussi :

  
En Corée, enfin, où il découvre avec beaucoup d’enthousiasme la musique de cour traditionnelle (ah-ak).
  
En fait, chaque voyage donnera lieu à l’écriture de nouvelles œuvres, dans lesquelles le compositeur incorpore à sa pâte orchestrale modale les mélodies, harmonies et instrumentations exotiques découvertes.
  
Avec l’âge, Hovhaness compose toujours autant mais perd le goût de l’expérimentation et tend à se répéter, dans une fusion des nombreuses influences absorbées au cours de sa vie. Dans les années 1970, il déménage de façon permanente à Seattle, où il maintient un rythme de travail soutenu (plusieurs dizaines de symphonies composées), pratiquement jusqu’à son décès, en 2000.
  
Le catalogue de ses œuvres comporte près de 400 numéros d'opus, dont 67 symphonies et 10 opéras, dont il a pour la plupart également écrit le livret. Hovhaness toucha à tous les genres, concertos, sonates, formes libres, dans de très nombreuses combinaisons instrumentales.

2 commentaires:

Jean Claude Mazaud a dit…

Encore un inconnu pour moi : ton article m'a donc bien interessé...
Sa musique m'a semblé accessible : celle de Mysterious Mountain est très apaisante...
J'ai bien aimé le concerto pour xylophone.
Quelle production (67 symphonies !!) : S'il est loin derrière Haydn, Mozart est battu...
Bonne soirée et amitiés
jC

jefopera@gmail.com a dit…

Oui, mais sa production est parfois un peu répétitive.... En tout cas cette découverte m'a vraiment beaucoup interessé et les producteurs de concerts seraient bien inspirés de mettre ses oeuvres au programme de temps à autre.
Bonne journée
JeF