dimanche 1 novembre 2015

Un rendez-vous raté (Mendelssohn et l'opéra 3 / 3)

Comment expliquer cette série de tentatives ratées pour composer un opéra ?
   
Bien sûr, on peut penser que l'échec de Camacho pourrait avoir paralysé un jeune homme qui a toujours réussi brillamment ce qu'il a entrepris.
  
Mais il faut sans doute remonter plus loin, dans les premières années de son éducation musicale, où Bach et Beethoven jouèrent un rôle essentiel. Dans l'esprit exigeant du jeune homme, on ne peut en effet exclure une forme de hiérarchisation des formes musicales : fugue, sonates et quatuors d'un côté, opéras de l'autre.
  
Mendelssohn se rend parfois à l’opéra mais ce qu’il y entend ne lui plait pas. A Paris, il découvre Robert Le Diable de son cousin éloigné Meyerbeer, et écrit avec dédain : Si l'époque actuelle exige ce style, alors je vais écrire des oratorios.
  
Le Songe d’une nuit d’été mais aussi les musiques de scène, moins connues, composées pour Athalie, Antigone, Œdipe à Colone et Ruy Blas montrent que Felix était tout à fait capable d'écrire pour le théâtre.
   
Par ailleurs, que ce soit dans sa musique de chambre, ses œuvres pour piano ou ses partitions orchestrales, il a toujours fait preuve d'une inspiration mélodique admirable, qui aurait très bien pu être utilisée à l'opéra. D'autant qu'il maîtrise parfaitement les techniques d'écriture vocale, comme on peut le constater à l'écoute de ses deux grands oratorios Paulus et Elias.

Il semblerait en fait que son niveau élevé d'exigence artistique ait été le frein principal à la composition d'un opéra. Depuis que je commencé à composer, écrit-il, j’ai été fidèle à un principe : ne pas écrire une seule page uniquement parce qu’elle plairait au public ou à une jolie fille. Or, la plupart des gens, même les poètes, n’attendent de l’opéra qu’une suite d’airs agréables et faciles à chanter.
   
Mendelssohn aurait-il alors voulu endosser le costume de réformateur de l'opéra ? Dans une autre lettre, il écrit : Quand j’entends de nouveaux opéras allemands et étrangers, alors je me sens comme obligé de participer à la composition et d’y avoir une sorte de droit de vote.
   
Les maigres fragments de sa Loreleï publiés à titre posthume permettent d’entrevoir ce qu’aurait pu être l’opéra mendelssohnien. On a notamment retrouvé un Ave Maria pour soprano et chœur de femmes et un chœur des vignerons écrit dans un style rustique, simple et efficace.
   
Le fragment le plus grand et le plus élaboré est le final du premier acte, plein de trémolos et des passages chromatiques, qui peut aussi évoquer la scène de la Gorge aux loups du Freïschutz de Weber. Ici, le renoncement de l'héroïne à l’amour et son serment de vengeance contre tous les hommes annonce, dans son intensité surnaturelle, la Rusalka que Dvorak composera un demi-siècle plus tard. Mais on peut aussi penser à Wagner, ce qui n'est pas le moindre paradoxe quand on sait le mépris que celui-ci vouait au compositeur de la symphonie italienne...

3 commentaires:

Jean Claude Mazaud a dit…

Peut-être a-t-il bien fait de renoncer (l'extrait proposé ne m' a pas enthousiamé ; il est vrai que l'enregistrement n'est pas récent.)
Dommage pour "Le songe..." qu'il n'ait pas tenter d'en faire un opéra : on aurait pu comparer avec Britten...
Enfin sa musique de scène est très belle et puis bien d'autres œuvres que j'aime (Symphonie écossaise, Grotte de Fingal...)
Demain soir sur Mezzo, je pense enregistrer Elias donné au Festival de ta ville...
Excellent dimanche : le soleil est là !
Amitiés.

jefopera@gmail.com a dit…

Super pour Elias : j'y étais, et je crois même que j'avais présenté l'oeuvre sur ce blog. Tu verras, c'est très beau, mais il s'agit vraiment d'un oratorio et la confusion ne me semble pas possible avec l'opéra.

Bonne semaine, amitiés

JF

Jean Claude Mazaud a dit…

Ecouté ce soir Elias : nous avons beaucoup aimé...
Amitiés