mardi 20 octobre 2015

Le mariage de Camacho (Mendelssohn et l'opéra 1 / 3)

Il peut sembler paradoxal d’ouvrir une série d’articles sur ce qui apparaît comme un non-sujet. 

Presque entièrement absent de l’histoire de l’art lyrique, Mendelssohn n’a en effet achevé et fait jouer qu’un seul opéra, Die Hochzeit des Camacho (Le mariage de Camacho), lequel n’a connu qu’une seule représentation et est tombé immédiatement dans l’oubli.

Quand on creuse un peu la question, ce qui n’est pas facile compte tenu du peu de documentation disponible et de l’absence de biographie de référence en français, les choses apparaissent pourtant plus complexes. Il apparaît en fait que tout au long de sa courte vie, le compositeur a été à la fois attiré et repoussé par l'opéra, et s'il n'a véritablement jamais abordé le genre, on ne peut pour autant en conclure qu'il ne s'y est jamais intéressé. 

C’est donc un peu l’histoire d’un rendez-vous manqué que je vous propose de relater dans trois billets.

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Très précoce, on le sait, Mendelssohn a composé plusieurs petites œuvres lyriques dans les premières années de son adolescence. Au nom pittoresque -Les deux précepteurs, Les comédiens en voyage et L’oncle de Boston-, destinées à un public familial, elles ressortent du Singspiel (alternance de dialogues parlés, parfois accompagnés de musique, et d'airs chantés) ou du Liederspiel (théâtre agrémenté de quelques chansons) mais pas de l'opéra.

C’est au cours de l’été 1824 que naît dans son esprit l’idée d’une œuvre de plus grande ampleur. Ambitieux et conscient de son génie précoce, Félix, qui vient d’avoir quinze ans, sait bien que la célébrité et la gloire s’acquièrent surtout à l’opéra. Son ami Friedrich Voigt lui écrit un livret en deux actes inspiré d’un épisode de Don Quichotte, Le mariage de Camacho. En décembre 1824, Mendelssohn termine la musique du premier acte. Il compose l'ouverture en février 1825, achève la partition en août et l'envoie au Schauspielhaus de Berlin.
  
Le jeune homme surdoué à qui tout réussit va cepedant rapidement déchanter et s’apercevoir que la vie d'un compositeur d'opéra n’est pas toujours facile.

A l’opéra de Berlin, règne Spontini, le compositeur de La Vestale, qui ne cache pas son peu d’appétence pour la musique allemande. Il range Camacho au fond d’un tiroir, fait patienter Mendelssohn une bonne année, lui demande de modifier sa partition mais finit cependant par accepter de monter l’opéra.

La première a lieu le 29 avril 1827 dans des conditions déplorables : le ténor attrape la jaunisse, les chœurs chantent faux, et le public ne se montre pas du tout enthousiaste. Affolé, craignant les sifflets, Mendelssohn quitte le théâtre en catimini avant la fin du spectacle. Camacho est retiré de l’affiche et ne sera plus jamais monté du vivant du compositeur.

Il faudra attendre février 1987 pour le revoir sur scène, à Oxford. Cinq ans plus tard, le chef d’orchestre Jos van Immerseel en réalisera le premier enregistrement chez Channel Classics. C’est comme cela que je l’ai découvert.

Il serait difficile de dire que cette œuvre m’a bouleversé. La musique est certes agréable et bien faite mais elle sent du début à la fin la copie du bon élève qui a parfaitement étudié Mozart et Weber. Certaines des œuvres de jeunesse de Félix, notamment sa musique de chambre et ses premières sonates pour piano, me semblent en tout cas bien meilleures, et je ne parle pas des chefs d’œuvre absolus que sont l’octuor et l’ouverture du Songe d’une nuit d’été.

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De quoi est-il question ?

C'est l'histoire de Basile et de Quiteria, deux villageois tendrement épris l'un de l'autre. Mais voilà, le père de Quiteria aime les sous et décide de marier sa fille au riche Camacho. Arrive le jour de la noce, à laquelle assistent Don Quichotte et son compère Sancho. Somptueuse, la fête est à la mesure de la richesse du promis : musique, ballets, théâtre et un buffet que Cervantès décrit comme assez abondant pour nourrir une armée.

Accompagnés du curé et de leurs familles respectives, les fiancés entrent en scène. Surgit alors le pauvre Basile, qui reproche à Quiteria son ingratitude, brandit une canne en acier, s’en transperce le cœur et s'effondre dans une mare de sang. Moribond, il demande à Quiteria de l’épouser afin de mourir en paix ; veuve, elle pourra ainsi se marier avec Camacho. Don Quichotte soutient la requête du blessé et après avoir reçu le consentement de Quiteria, le curé leur donne la bénédiction.

A ce moment, Basile se relève en retirant l'épée : Il se fit que la lame n'avait point passé à travers la chair et les côtes de Basile, mais par un conduit de fer creux qu'il s'était arrangé sur le flanc, plein de sang préparé auparavant de telle sorte. Les accompagnateurs de Camacho, abusés par le stratagème de Basile, décident de se venger et sortent leurs épées mais Don Quichotte s'interpose et crie à haute voix : Quiteria était à Basile, et Basile à Quiteria, par une juste et favorable disposition des cieux, car deux êtres que Dieu réunit, l'homme ne peut les séparer, et celui qui voudrait l'essayer aura d'abord affaire à la pointe de cette lance.

Bon perdant, Camacho décide que la fête et le banquet doivent quand même avoir lieu. Mais, ni Basile, ni son épouse et ses amis ne veulent y assister.... au grand désespoir de Sancho qui aurait bien voulu profiter du gueuleton.



2 commentaires:

Jean Claude Mazaud a dit…

Ce "non sujet" m'a interessé et j'attends la suite de la "série" avec impatience !
Si je comprends bien je ne suis pas à la veille d'assister à ce mariage..
Mais où vas-tu chercher tout cela ?
Amitiés...
JC

jefopera@gmail.com a dit…

Assez curieusement, pas grand chose de disponible en français sur Mendelssohn ; il a fallu aller chercher des informations en anglais sur plusieurs sites, et en faire un résumé intelligible et précis.....

Cela faisait un moment que je m'interrogeais sur cette question et ai essayé de creuser un peu le sujet, en espérant n'avoir pas été trop rébarbatif...

En tout cas merci pour ton commentaire

JeF