vendredi 9 octobre 2015

Henri Dutilleux et sa première symphonie

Composée en 1951 et créée sur les ondes de la RTF par le National, la première symphonie de Dutilleux était un peu chez elle, jeudi dernier, à la Maison de la radio. Je la connaissais par le disque mais dans le cadre acoustique exceptionnel du nouvel auditorium, je l'ai vraiment redécouverte.

De coupe classique, elle se compose de 4 mouvements (passacaille, scherzo, intermezzo et finale avec variations) de structure monothématique. Dutilleux fait appel à un orchestre rutilant de 85 instrumentistes, dont des percussions particulièrement étoffées (xylophone, vibraphone, glockenspiel, célesta et piano).

Par une sorte de symétrie, la musique émerge de l'ombre dans les premières mesures pour y replonger dans les toutes dernières. Ainsi s'établit une transition entre le monde réel et l'imaginaire. C'est un peu comme la naissance et le déroulement d'un rêve explique le compositeur.

Inhumé en mai 2013 dans une relative indifférence, Dutilleux s'est retrouvé au centre d'une polémique lamentable, qui sera, espérons-le, dissipée par les célébrations prévues l'an prochain pour le centenaire de sa naissance.


Né à Angers, Henri Dutilleux entre en 1933 au Conservatoire de Paris, y reçoit un premier prix d'harmonie, de contrepoint et de fugue, puis obtient le Grand Prix de Rome en 1938 avec la cantate L’anneau du roi.

Il étudie à cette époque le traité de composition de Vincent d’Indy, découvre Stravinsky, Bartók et le sérialisme. Nommé en 1942 chef de chant de l’Opéra de Paris, il occupe également les fonctions de directeur du service des illustrations musicales de la Radiodiffusion française de 1945 à 1963, une expérience très enrichissante qui lui permet de côtoyer toutes les tendances artistiques.

Henri Dutilleux mène également une importante activité de pédagogue ; il est nommé professeur de composition en 1961 à l’École Normale Supérieure, puis au Conservatoire supérieur de Paris de 1970 à 1984. Il est invité dans de nombreux pays comme professeur et conférencier.

Ses premières œuvres sont créées pendant la guerre : Quatre mélodies pour chant et piano, en 1943, Geôle pour voix et orchestre, en 1944. Roger Désormière et l'Orchestre National créent sa première symphonie en 1951 et la compagnie Roland Petit, le ballet Le Loup en 1953. Charles Münch à Boston créé la deuxième Symphonie, en 1959, puis les Métaboles en 1965, une de ses œuvres les plus fréquemment interprétées, avec le quatuor à cordes Ainsi la nuit (1977).

Dutilleux écrit aussi pour son épouse, la pianiste Geneviève Joy, et plusieurs grands interprètes lui commandent des œuvres, la plus connue étant le concerto pour violoncelle et orchestre Tout un monde lointain, écrit en 1970 pour Rostropovitch.
  
Très honoré à l'étranger, membre de plusieurs académies prestigieuses (Académie royale de Belgique, American Academy and Institute of Arts and Letters de New York, Accademia Nazionale Santa Cecilia de Rome, Royal Academy of Music de Londres, Bayerische Akademie der Schönen Künste de Munich), le compositeur reçoit en 2005, quelques années après Messiaen et Boulez, le prix Ernst von Siemens, souvent considéré comme le Nobel de la musique.

2 commentaires:

Jean Claude Mazaud a dit…

Bien, je connaissais son nom, mais pas du tout sa musique qui dans la symphonie proposée m'a semblé très envoutante..;
Honte à moi donc et Merci...
Bon week-end et amitiés de
JC

jefopera@gmail.com a dit…

No shame !