lundi 26 octobre 2015

Fanny et Loreleï (Mendelssohn et l'opéra 2 / 3)

On pourrait penser que l’échec de Camacho allait marquer la fin de l'histoire de Mendelssohn avec l’opéra. Au cours des 20 années qui lui restent à vivre, le compositeur ne cessera cependant de recevoir des sujets, livrets et demandes d’œuvres lyriques.
  
Après Camacho, Mendelssohn écrit un nouveau Liederspiel, Heimkehr aus der Fremde (Le Fils de l’étranger)  uniquement pour le cercle familial.
   
En 1831, l’Opéra de Munich lui demande un opéra d’envergure, et charge pour cela Karl Immermann, un écrivain de Düsseldorf, d'écrire un livret inspiré de La Tempête de Shakespeare. Mais Félix trouve le texte tellement mauvais qu'il le balance aux orties, se fâche tout rouge et rompt même son engagement avec les bavarois. Le petit a du caractère.

Un an plus tard, le maire de Düsseldorf offre à Mendelssohn le poste de directeur de la musique municipale. Jusqu’en 1834, il y dirigera de nombreux opéras de Mozart, Weber, Märschner et Cherubini. Mais, dans une lettre à son père, Félix reconnait qu'il ne nourrit aucune sympathie pour la vie théâtrale et les querelles des acteurs
  
En réalité, il a tendance à se comporter lui-même comme une diva et se fâche avec tout le monde. Et après une énième brouille avec le directeur du théâtre, il démissionne de ses fonctions et quitte Düsseldorf pour le Gewandhaus de Leipzig en 1835, poste qui le ravit d’autant plus qu’il ne comporte aucun aspect lyrique.
  
En 1838, l'éditeur anglais William Chappell commande à un certain Planché, le librettiste de l’Oberon de Weber, un livret sur Edward III au siège de Calais. Mendelssohn hésite un peu mais finit par refuser le projet. 

Deux ans plus tard, l'Opéra de Paris propose une collaboration avec Scribe, qui ne retient pas davantage l’attention du compositeur.
  
Pourtant, ce n’est pas parce qu’il refuse toutes les propositions qui lui sont faites que Felix ne pense plus à l’opéra. Il aurait même évoqué devant sa sœur Fanny la possibilité de composer un opéra sur la Chanson des Nibelungen (tiens, tiens….). Enfin, les années passent, Mendelssohn continue de recevoir de nouveaux sujets, Titania, Faust, Kenilworth, le Roi Lear, Hamlet, et les rejette les uns après les autres.

En 1844, il rencontre la chanteuse Jenny Lind, celle que l’on surnommait « le rossignol suédois ». Profondément impressionné par ses talents, peut-être aussi par ses charmes, il décide d’écrire pour elle et repart à la recherche d’un livret, expliquant à son ami, le chanteur et acteur Eduard Devrient, qu’il souhaite un sujet allemand, noble et de bonne humeur, par exemple une légende du Rhin, un conte ou peut-être un événement national.
  
En 1846, il choisit la légende de la Lorelei, contacte le librettiste Emanuel Geibel et commence à composer mais la perte de Fanny, sa sœur bien-aimée, le plonge dans une immense tristesse et le projet est abandonné. Quand le critique musical anglais Henry Chorley lui rend visite et lui présente un nouveau sujet d’après Shakespeare, il lui répond : mais quelle est l'utilité de tout planifier ? Je ne vivrai pas. En octobre, il est victime d’un accident vasculaire cérébral et s’éteint le 4 novembre.
  
 Quelques jours avant de mourir, il termine sa dernière œuvre, le magnifique et poignant quatuor en la mineur, ultime hommage à la sœur qu’il aimait tant.
 



2 commentaires:

Jean Claude Mazaud a dit…

C'est très interessant !
Poignant en effet l'adagio de ce quatuor...
Peut-être qu'il n'aimait pas vraiment l'opéra.
Dommage pour les Nibelungen !!!!
Amitiés
PS : samedi retransmission de Tannhäuser depuis le Met (j'ai quelque inquiétude à aborder cet opéra)

jefopera@gmail.com a dit…

Effectivement, il avait sans doute un peu de mépris pour l'opéra, lui qui avait été élevé avec les fugues de Bach et les quatuors de Beethoven. Je vais essayer de développer cela dans mon prochain billet.

Il est aussi cocasse de l'imaginer en prédécesseur de Wagner, Wagner qui le détestait et a écrit sur lui des horreurs antisémites.

Tannhaüser est très abordable avec de superbes moments mais je n'ai jamais trouvé ni l'intrigue ni les personnages très intéressants. Et la musique est moins prenante que celle du Vaisseau fantôme et moins envoûtante que celle de Lohengrin (pour en rester aux trois premiers opéras). Mais je suis très curieux de tes impressions.

Excellente soirée

JF