vendredi 25 septembre 2015

Orgasmes à l'opéra (récapitulatif)


Miroir unique de la vie et de ses passions, l'opéra nous montre à peu près tous les affres de l'existence humaine : amour et haine, fidélité et trahison, furie, jalousie, crimes, suicides et même quelques orgasmes, que j'ai essayé de recenser pour constituer une série estivale. Sujet en apparence léger mais, on le verra, qui ne l'est pas tant que cela.

Les six exemples qui me sont venus à l'esprit montrent, comment dire... une belle palette de situations et de traitements de la chose sur le plan musical. Ils ne prétendent pas à l'exhaustivité, et je lance d'ailleurs un appel aux lecteurs érudits qui me font l'amitié de laisser des commentaires pour qu'ils viennent compléter la liste.

Commençons par le premier, et sans doute le plus célèbre des orgasmes musicaux, celui du Chevalier à la Rose.

Nous sommes à Vienne, sous le règne de Marie-Thérèse. La Maréchale von Werdenberg profite de l'absence de son mari pour passer la nuit avec son jeune amant, Octavian. Le rideau étant toujours fermé, le prélude orchestral peint sans masque ce que la scène ne peut montrer. Tout y est : les vigoureux coups de reins de l'adolescent impétueux et sans doute encore un peu maladroit (fanfare de cors), le suave abandon d'une femme épanouie qui connaît son sujet (violons), la jouissance finale des amants, les corps qui retombent, et même le chant des oiseaux au petit matin (bois).




Après l'orgasme orchestral du Chevalier à la rose, une autre page très célèbre, la mort d'Isolde.

Melot, le vassal du Roi Marke, a mortellement blessé Tristan qui, veillé par Kurwenal, s’éteint lentement, souffrant aussi de l’absence d’Isolde. Lorsque la princesse arrive, il est trop tard, Tristan expire dans ses bras. Seule, dans la nuit, Isolde rejoint Tristan et meurt d'amour.

Mild und leise, doux et serein, comme il sourit chante-t-elle en contemplant le corps sans vie de son amant. Tristan est là, contre elle, déjà mort. Elle le regarde. Elle lui parle comme s'il était encore vivant et revit, dans une extase ultime, l’amour qu’il lui donna et lui fît.



Après la Liebestod d'Isolde, l'épectase d'un moine submergé par une poussée de lubricité, mise en musique dans Thaïs par un Massenet plus voluptueux que jamais.

Nous sommes en Orient, aux premiers temps de la chrétienté. Un moine sybarite, Athanaël, persuade Thaïs, une prostituée insolente, de renoncer à ses débauches pour le suivre sur la voie de l’ascèse. Sans que l’on comprenne vraiment pourquoi, Thaïs se laisse convaincre, revêt la robe de bure et le cilice et suit Athanaël dans le désert.

Mais l'excursion de transforme rapidement en calvaire. Presque morte de soif, épuisée, les pieds ensanglantés, la pauvre Thaïs s'effondre.

A la vue des petits pieds blessés, Athanaël est soudain submergé par une violente poussée hormonale ; il renie toute ses convictions et presse Thaïs de lui céder mais elle refuse. De plus en plus excité, le moine insiste, insiste, mais son cœur finit par lâcher et il s'effondre sur les petits pieds meurtris.



Opéra du compositeur polonais Karol Szymanowski, écrit en 1924, Le Roi Roger est une oeuvre étrange et fascinante, qui se déroule dans une Sicile médiévale idéalisée par la coexistence pacifique des pensées latine, grecque, et arabe.

Un jeune berger, accusé de prêcher une nouvelle hérésie, est présenté devant le roi Roger et son épouse. Mais au lieu de suivre l'avis de ses conseillers et de l’envoyer au bûcher, le roi tombe sous son charme, subjugué par sa beauté et la douceur de sa voix.



Les cuivres se déchaînent et martèlent des rythmes de beuverie, d’orgasme et de crime. C’est immoral, plein de chairs flasques, de visages bouffis par l’alcool et de fureur vaginale inassouvie. Ça vous remue les tripes et les oreilles, ce n’est pas franchement beau mais terriblement efficace.

Quelque part entre Tarantino et Affreux, sales et méchants, c'est Lady Macbeth de Mzensk, l'opéra de Chostakovitch.



Une nuit de mai, Sœur Susanna surprend dans le jardin du couvent le jardinier en train de besogner la servante. Fascinée par le spectacle et fortement émoustillée, elle est rejointe par une autre religieuse, qui la met en garde contre ses pulsions et lui raconte qu'il y a 40 ans, une sœur fût emmurée vivante après avoir été surprise à poil dans la chapelle en train d'enlacer le grand crucifix de l'autel. Incident à l'issue duquel la mère supérieure décida de mettre un linge sur les reins du Christ...

Loin de calmer Susanna, cette histoire décuple son envie de sexe. Elle enlève sa robe de bure, ôte le linge qui entoure les reins de Jésus, l'enlace et se frotte avec ardeur contre lui. La cloche de l'angélus retentit, les nonnes entrent dans la chapelle, découvrent Susanna, poussent un cri d'horreur, lui demandent d'arrêter et de venir se confesser. En plein orgasme, Susanna éclate de rire et les envoie balader. Les nonnes se signent, la maudissent au cri de Satan, le rideau tombe.

Avec Sancta Susanna, de Paul Hindemith, on atteint un sommet.


2 commentaires:

Jean Claude Mazaud a dit…

Retour en force, donc...
J'ai enregistré "Sancta Suzanna" : je la visionnerai a mon retour sur Paris (je crois me souvenir que c'est très court....)
Tu nous réserves sans doute une petite surprise musicale sur Bali ???
Très amicalement
JC

jefopera@gmail.com a dit…

Moi aussi, je vais le regarder cette semaine. Pour Bali, j'avais traité le sujet il y a deux ans :

http://jefopera.blogspot.fr/2013/09/ravel-poulenc-et-les-gamelans.html

Toujours à Venise ?

Amitiés

JeF