mercredi 1 juillet 2015

Orgasmes à l'opéra : Thaïs (3/6)

Après la Liebestod d'Isolde, l'épectase d'un moine submergé par une poussée de lubricité.

Nous sommes en Orient, aux premiers temps de la chrétienté. Un moine sybarite, Athanaël, persuade Thaïs, une prostituée insolente, de renoncer à ses débauches pour le suivre sur la voie de l’ascèse. Sans que l’on comprenne vraiment pourquoi, Thaïs se laisse convaincre, revêt la robe de bure et le cilice et suit Athanaël dans le désert. 

Mais l'excursion de transforme rapidement en calvaire. Presque morte de soif, épuisée, les pieds ensanglantés, la pauvre Thaïs s'effondre.

A la vue des petits pieds blessés, Athanaël est soudain submergé par une violente poussée hormonale, renie toute ses convictions et presse Thaïs de lui céder mais elle refuse. De plus en plus excité, le moine insiste, insiste, son cœur finit par lâcher et il s'effondre sur les petits pieds meurtris.
  
Les allusions étaient tellement directes que les critiques de l'époque n'eurent aucune peine à les décrypter :

Milhaud, de la Gazette de France, écrit : La muse de M. Massenet est une femme étrange, parée et fardée à outrance, au regard doux et suspect, exhalant de dangereux parfums, dont le rire se mouille de larmes et dont les larmes n'ont rien de sincère ; une charmeuse à qui l'on résiste péniblement mais que sagement l'on redoute, une hystérique dont les transports restent gracieux, une amoureuse dont les tressaillements sont des frissons de fièvre et dont le chant de volupté semble inspiré par le délire morbide ou le torturant cauchemar.

L'abbé Bethléem, le Savonarole de la IIIème république qui fit les délices des adolescents de l'époque en publiant une liste de mauvaises lectures (qui comprenait Le Journal de Mickey et Les Pieds nickelés....), disait que la musique de Thaïs se révèle extrêmement voluptueuse, parlant plus aux sens qu'à l'âme, et bien faite pour éveiller en nous les mauvaises langueurs.

Laissons le mot de la fin au regretté Eugène de Solenière : Spécialiste des excitements, peut-être inventera-t-il de nouvelles ivresses, peut-être (lui qui plus que tout autre légitima l'axiome que la musique est une masturbation de l'oreille) saura-t-il accoupler les sons et violer les harmonies de si neuve manière, de si persuasive façon, qu'il en naîtra un inconnu de jouissance, le je ne sais quoi d'un Kama-Soutra quintessencié.

A défaut de "Kama-Soutra quintessencié", laissons le duo final masturber doucement nos oreilles.
  

2 commentaires:

Jean Claude Mazaud a dit…

Superbe série donc que tu poursuis avec talent: je suis persuadé que tu trouveras plus de 6 situations "orgasmiques".
L'extrait que tu proposes est, me semble-t-il la production du Met de 2008 (vue assez récemment sur une chaine de musique )sous la direction de Jesus lopez Coboz : je me souviens des costumes "baroques" de Christian Lacroix que portait Renée Fleming...
Bonne et amicale Canicule !-

jefopera@gmail.com a dit…

Oui, tu as parfaitement raison. J'ai manqué la retransmission sur Mezzo et guette les redifs. Il y a un enregistrement de studio excellent avec Renée Fleming, qui est sans doute la reprise de cette production.

Heureusement, j'ai la clim au bureau, mais dès que je mets le nez dehors, je me retrouve comme Nathanael et Thaïs dans le désert brulant... en espérant mieux finir que ces deux là.

Les salles de cinéma offrent un havre de fraîcheur précieux.

Amitiés

JeF