dimanche 5 juillet 2015

Orgasmes à l'opéra : Le Roi Roger (4/6)

Opéra du compositeur polonais Karol Szymanowski, écrit en 1924, Le Roi Roger est une oeuvre étrange et fascinante, qui se déroule dans une Sicile médiévale idéalisée par la coexistence pacifique des pensées latine, grecque, et arabe. 

Un jeune berger, accusé de prêcher une nouvelle hérésie, est présenté devant le roi Roger et son épouse. Mais au lieu de suivre l'avis de ses conseillers et de l’envoyer au bûcher, le roi tombe sous son charme, subjugué par sa beauté et la douceur de sa voix. 

Le Roi Roger est l'histoire d'un désir refoulé, combattu, mais au final victorieux : au dernier acte, en effet, le berger prend le roi par la main et l'entraîne dans une furieuse bacchanale avec des satyres et des danseurs de Dyonisos.
   
Si rien n’est dit ouvertement, tout est habilement suggéré par la musique : la passion qui dévore le roi est dépeinte par les tristes mélopées du hautbois, les pleurs des violons et les caresses des harpes. Les charmes sensuels du berger passent quant à eux par les registres aigus des violons. Et il n'est pas difficile d'imaginer ce qu'évoquent les puissants accords rythmés de la danse dyonisiaque de la fin.
  
Mais les choses ne s'arrêtent pas au plaisir final et c'est ce qui est peut-être le plus intéressant. Une fois satisfait, libéré du désir qui le rongeait, le roi se retrouve seul dans la lumière du soleil naissant, transfiguré par l’expérience qu’il vient de surmonter en parvenant à concilier les deux principes opposés, le dionysiaque et l’apollinien. Le dernier accord retentit, le rideau tombe.

Les trois actes, qui correspondent chacun à l'une des trois cultures présentes en Sicile, sont autant d'étapes du parcours spirituel du roi Roger : né et élevé dans une chrétienté qui réprime le corps et la sexualité (acte 1 "byzantin"), le roi commence à s'ouvrir à la sensualité en succombant aux charmes du jeune berger arabe (acte 2 "arabe") avant de trouver son accomplissement final dans une contemplation païenne du soleil (acte 3 "grec").

Szymanowski est né en Ukraine en 1882, dans une famille érudite et artiste. De 1908 à 1914, il séjourne en Italie, en Sicile et en Afrique du Nord, voyages au cours desquels, comme Gide et bien d’autres, il découvre l’amour charnel dans les bras d’éphèbes au teint cuivré, révisant par là-même ses croyances et ses valeurs.

Ces voyages l'influenceront dans l'écriture de plusieurs de ses œuvres, notamment sa troisième symphonie intitulée Chant de la nuit et plusieurs cycles de mélodies Chants d’amour de Hafiz, Chants de la princesse de contes de fées et Chants du muezzin fou.

Le Roi Roger reste toutefois son oeuvre la plus célèbre.
  

2 commentaires:

Jean Claude Mazaud a dit…

Et de 4 ....Avec un Roi René (que je ne connais pas) et qui semble effectivement fascinant...A découvrir donc...
et puis la Sicile ("creuset de civiliations" comme on dit) que j'adore.
Reconnu aussi le baryton polonais Kwiecien (un éblouissant Eugène Onéguine)dans son curieux streap tease...
Toutefois nettement moins fascinant (j'entend visuellement) l'extrait proposé (sans doute le final ???) plutôt grotesque !
Bonne fin de dimanche (la canicule semble s'apaiser)
Amitiés
JC

jefopera@gmail.com a dit…

Il s'agit de la production de Bastille, il y a quelques années,, dans une mise en scène ridicule de Warlikowski qui gâchait toute l'esthétique, la magie et le sens du spectacle.
J'aimerais bien revoir cet opéra ailleurs ou sur Mezzo, dans une production enfin fidèle aux indications (parait-il très précises) du compositeur. Mais il n'est pas souvent donné.
Amitiés
JeF