mercredi 15 juillet 2015

Orgasmes à l'opéra : Lady Macbeth de Mzensk (5/6)

Les cuivres se déchaînent et martèlent des rythmes de beuverie, d’orgasme et de crime. C’est immoral, plein de chairs flasques, de visages bouffis par l’alcool et de fureur vaginale inassouvie. 

Ça vous remue les tripes et les oreilles, ce n’est pas franchement beau mais terriblement efficace. Quelque part entre Tarantino et Affreux, sales et méchants, c'est Lady Macbeth de Mzensk, l'opéra de Chostakovitch.

Pour résumer rapidement l'affaire, on pourrait dire que c'est l'histoire d'une femme délaissée par son mari impuissant, qui se donne sur scène à un vigoureux ouvrier, puis empoisonne son beau-père trop collant avec un plat de champignons assaisonnés à la mort-aux-rats. Une histoire d'une rare élégance.

Bien reçue des critiques, des dignitaires du parti et du public, Lady Macbeth de Mzensk déplut cependant beaucoup à Staline, et faillit signer l'arrêt de mort du compositeur. Un article non signé de la Pravda du 28 janvier 1936, intitulé Le chaos remplace la musique qualifia l'opéra de flot de sons intentionnellement discordants et confus, montrant sur scène le naturalisme le plus grossier.

Engagé dans une promotion de la famille soviétique, Staline aurait été notamment choqué par la scène de sexe représentée sur scène.

Pourtant, le projet initial de Chostakovitch était d'écrire une trilogie consacrée au sort de la femme russe, à différentes époques. Katerina Ismaïlova, la Lady Macbeth du premier opéra de la série, devait représenter la femme du XIXe siècle vivant sous la tyrannie des tsars et d'une société fortement patriarcale, tandis que le dernier volet de la trilogie devait être un hymne à la femme soviétique. Mais les déboires que rencontra l'opéra condamnèrent définitivement le projet.
  


3 commentaires:

Jean Claude Mazaud a dit…

Comment n'y ai-je pas pensé ? alors qu'il y a quelque temps j'ai visionné une production de l'Opéra d'Amsterdam qui m'avait beaucoup plu (avec Eva Marie Westbroek, blonde et plantureuse à souhait)
Excellent article comme d'habitude..
Amitiés
JC

jefopera@gmail.com a dit…

Eva Marie Westbroek a chanté le rôle à Bastille il y a quelques années, elle était effectivement formidable et la mise en scène, pour une fois, était aussi excellente.
Très bon week-end
JF

Jean Claude Mazaud a dit…

Il semble que ce soit, à Amsterdam et à la Bastille, la même production, celle de Martin Kusej...
Excellent week-end !
JC