jeudi 11 juin 2015

Dernière nuit à Saint-Denis

Leonardo Garcia Alarcon
Non, ce n'est pas de moi dont il s'agit, je reste dyonisien bien sûr ! Mais d'un spectacle impressionnant auquel j'ai pu assister lundi soir, dans le cadre du Festival de Saint-Denis.

L'idée des concepteurs du "concert théâtral" La Dernière nuit (Matthieu Coblentz et Jean Bellorini, du Théâtre Gérard Philippe) a été d'immerger le spectateur dans l’une des cérémonies les plus saisissantes de l’Ancien Régime, les obsèques solennelles des rois et reines de France.
  
Une idée qui sonne comme une évidence dans le cadre majestueux et chargé d'histoire de la basilique. Une idée qui parait également aussi simple dans son énoncé qu'elle  a été complexe dans sa réalisation.

Il a déjà fallu déplacer les chaises de la nef pour les disposer "en parlement anglais", c’est-à-dire face à face, de part et d'autre de la travée centrale, comme les tribunes que l'on installait à l'époque.

Puis construire un chariot mobile en forme de catafalque, surmonté, de façon décalée et ironique, tantôt d'une bicyclette, tantôt d'une table et de deux chaises, tantôt d'un lit. Catafalque au sommet duquel deux comédiens parcouraient la nef en déclamant -à la perfection d'ailleurs- plusieurs textes de circonstance extraits du Livre de Job, de l'Oraison funèbre de Louis XIV de Massillon et du Sermon sur la mort de Bossuet, mais aussi de savoureuses épitaphes satyriques sur Louis XIV, venant utilement rappeler que, derrière la pompe et le faste de la monarchie, le peuple de France, épuisé par les guerres, les famines et les impôts, savait aussi crier sa colère.

Grâce à d’abondantes archives (notamment celles relatives aux cérémonies funèbres des obsèques de l'épouse de Louis XIV, la reine Marie-Thérèse), on sait que l'ensemble musical comprenait trois entités distinctes, avec leur répertoire propre, chantant en alternance : plain-chant pour les chantres placés près du catafalque, messe polyphonique (Missa pro defunctis de d'Helfer) pour les chanteurs de la Musique de la Chapelle et motets à grands chœur pour les chanteurs et instrumentistes de la Musique de la Chambre (Dies irae et De profundis de Lully).

Il a donc fallu mettre en place un dispositif musical particulièrement complexe, plus de 60 musiciens et chanteurs appartenant à plusieurs ensembles, le Chœur de chambre de Namur, la Cappella Mediterranea, l’ensemble Vox Cantoris (dirigé par Jean-Christophe Candau) et l'Orchestre Millenium. A la tête de ce dernier, le chef argentin Leonardo Garcia-Alarcon, qui a tenu la baguette avec l’autorité, la précision et l’engagement dramatique que requérait une opération d'une telle ampleur.

Inconnue de nos jours, la Missa pro defunctis de Charles d’Helfer est une œuvre envoûtante, écrite en 1656 dans le plus pur style polyphonique du 16ème siècle. Tel les chantres d'un office sacré, les choristes ont lentement remonté la nef, de l’entrée principale de la basilique jusqu'au transept, recréant les effets de rapprochement et d’éloignement d’un chant processionnel. Glissés au milieu de l'oeuvre de d'Helfer, les Dies irae et De profundis de Lully, deux superbes motets que je ne connaissais pas, ont retenti avec une force saisissante sous les voûtes de la basilique royale.

Au dernier accord de ce concert hors norme, de nombreux spectateurs se sont levés, d’un trait, pour saluer musiciens et acteurs. Et l'on percevait dans leur regard, comme dans le mien sans doute, l'émotion de ceux qui ont le sentiment d’avoir vécu quelque chose d’unique.


3 commentaires:

Jean Claude Mazaud a dit…

Spectaculaire donc cette évocation ....
Très intéressant article !
Bon week-end

jc ieiuniis a dit…

Très bon article mais il aurait été bien de mentionner que le requiem de Charles d'Helfer et le plain chant étaient chantés par l'ensemble Vox Cantoris, dirigés par Jean-Christophe Candau.

jefopera@gmail.com a dit…

Oubli réparé !