vendredi 17 avril 2015

Centre Pompidou Metz

Centre Pompidou Metz - Photo Jefopera
Profitant d'un court déplacement à Metz, je vais d'étonnement en étonnement : tantôt aux allures d'Italie, tantôt de prospère cité allemande, voilà une ville superbe, pleine de verdure et de magnolias en fleurs, où il fait certainement très bon vivre.

Et puis, au hasard d'une petite promenade dans les vieilles rues du centre-ville, je découvre deux plaques rappelant la naissance d'enfants du pays : Ambroise Thomas et Gabriel Pierné. Ce qui me donne l'idée d'ouvrir une série lorraine en cinq étapes, en commençant par une bien intéressante visite au Centre Pompidou Metz.

Il est installé est au cœur du quartier de l'amphithéâtre, une ancienne friche, derrière la gare, suffisamment vaste pour se prêter à toutes sortes d'expérimentations architecturales.

Centre Pompidou Metz - Photo Jefopera
Le bâtiment est superbe.
 
J'ai lu quelque part que Shigeru Ban, l'un des deux architectes -avec Jean de Gastines- se serait inspiré d’un chapeau chinois traditionnel acheté à la Maison de la Chine, à Saint-Germain-des-Prés.
 
Dans les années 80, alors que j'étais étudiant dans le quartier, j'y avais acheté un grand bol et un joli vase bleu ; l'un s'est cassé, l'autre est toujours à la maison, mais malheureusement aucun des deux n'a inspiré un célèbre architecte pour la construction d'un musée...

Pour ma part, j'y ai plutôt vu une vague lumineuse posée sur des cubes. Plus terre à terre, les Messins l'appellent la maison des schtroumpfs.

Le Centre, qui ne présente pas d’exposition permanente, a besoin de se renouveler au rythme de quatre à six expositions temporaires chaque année. C’est ce qui fait son originalité mais aussi sa fragilité : alors que son exposition inaugurale avait attiré, en 2010, plus de 8000 000 personnes, il a terminé l'année 2014 avec un bilan de 335 000 visiteurs. Une chute libre. Il est vrai qu'hier, je me suis promené paisiblement dans les vastes espaces, à peine dérangé par quelques groupes de jeunes, d'ailleurs plutôt bien élevés et visiblement intéressés par les commentaires de leurs accompagnateurs.

Trois accrochages très différents : 

Au rez-de-chaussée, Phares. De Pablo Picasso à Anish Kapoor, en passant par Fernand Léger, Joan Miró, Pierre Soulages et Joan Mitchell, très belle exposition présentant des œuvres rarement montrées au public en raison de leur format. Parmi les moments forts de l’exposition, les reliefs de Robert Delaunay pour le Hall des réseaux du pavillon des Chemins de fer, exécutés pour l’Exposition internationale de Paris en 1937 et une série de sept portraits de Yan Pei-Ming :

Yan Pei-Ming - Photo Jefopera

Au deuxième étage, je déambule seul, mi amusé mi affligé, dans une enfilade de salles sans intérêt autour d'une certaine Tania Mouraud, présentée dans le brochure du Centre comme une artiste refusant tout rattachement à un courant ou à un dogme, interrogatrice des rapports entre l’art et les liens sociaux, ayant pour projet artistique de rajouter dans les habitations standardisées une chambre de méditation, d'afficher dans l’espace public son désaccord avec une société glorifiant l’avoir au dépend de l’humain et de se pencher avec l’aide de l’écriture sur les limites de la perception en créant des "mots de forme". A peine deux jours après cette déambulation conceptuelle et cérébro-masturbatoire, je suis totalement incapable de décrire ce que j'ai vu, et me dis que ce n'est pas avec ce genre d'exposition que la courbe des ventes va se redresser.

Fort heureusement, au troisième étage, je découvre un parcours passionnant, riche et parfaitement orchestré sur Michel Leiris (1901-1990). Une personnalité attachante et inclassable, engagée dès les premières heures dans la lutte anticoloniale et antiraciste, à la fois poète, écrivain, ethnographe et ami intime des plus grands artistes et écrivains de son temps. A travers près de 350 œuvres des artistes qui lui furent proches (Joan Miró, André Masson, Alberto Giacometti, Pablo Picasso, Wifredo Lam, Francis Bacon…), des objets et œuvres d'art africains et antillais (superbes pièces Dogon, Bambara et Congolaises prêtées par le Musée du Quai Branly) ainsi qu’un riche corpus d’archives et de documents originaux.

Influencé dès l’enfance par Raymond Roussel et se situant en marge du surréalisme, Leiris s’éloigne du mouvement pour rejoindre la revue dissidente Documents autour de Georges Bataille. La quête de sa propre identité s’associant à une soif de dépaysements et d’altérité, il s’initie aux méthodes de la recherche ethnographique, en participant, en tant qu’archiviste, à la première mission ethnographique française en Afrique conduite par Marcel Griaule : la « mission Dakar-Djibouti » (1931-1933), au cours de laquelle il écrit L’Afrique fantôme, hybride de journal de terrain et de récit autobiographique.

J'apprends que Michel Leiris était aussi passionné de corrida, de jazz et d’opéra, spectacles qui sont pour lui des terrains de vérité. Dans une petite salle, j'entends même la Callas chanter Casta Diva :



3 commentaires:

Jean Claude Mazaud a dit…

"Petite déception : Vu du parvis le Musée m'apparaît telle une masse ondulante presque informe...
Puis à mesure que l'on approche l'architecture se précise et la magnifique structure de la charpente se révèle...
L'intérieur est éblouissant, la scénographie des oeuvres parfaite..."
Voici ce que je disais sur mon blog en 2011..
Tout comme toi, j'ai beaucoup aimé la ville, étonné par ses aspects divers.
Merci pour ton compte rendu...
La Callas t'a sans doute conseillé de faire un petit article sur l'Hamlet(que j'aime bien) d'Ambroise Thomas..
Bon week-end !
Amitiés de JC

jefopera@gmail.com a dit…

Oui, c'est vrai, l'intérieur est éblouissant et la scénographie des oeuvres parfaite. C'est une belle réussite, comme le Louvre Lens, et cela fait plaisir de voir qu'en période de restrictions budgétaires, la France construit de beaux lieux de culture, comme l'Auditorium de Radio France, la Philarmonie, le MUCEM ou le Musée des Confluences (ces deux là, il faut que j'aille les voir !)
Excellent week-end ensoleillé
JF

MartinJP a dit…

Une belle réussite, en effet, que j'ai beaucoup aimée, notamment la lumière, l'espace, les jeux de volumes. Les accrochages sont sans doute irréguliers, mais il en faut pour tous les goûts, même si je doute effectivement que les bric-à-brac conceptuels permettent d'attirer un large public...
Amicalement