vendredi 27 mars 2015

Klimt et Beethoven

Gustav Klimt, Salomé
Jusqu’au 21 juin, à la Pinacothèque de Paris, exposition Au Temps de Klimt, la Sécession à Vienne.

Évoquant le développement de l'art viennois, de la fin du XIXème siècle jusqu'aux premières années de l'expressionnisme, l'exposition présente plus de 180 œuvres, issues des collections du musée du Belvédère de Vienne ainsi que de plusieurs collections privées. Le commissariat de l'exposition est d'ailleurs assuré par Alfred Weidinger, conservateur du Belvédère, dont le projet a été de présenter au public parisien un ensemble d’œuvres le plus riche possible, en hommage à l’accueil enthousiaste que Paris avait réservé aux artistes autrichiens, notamment lors de l’Exposition universelle de 1900

Un accueil enthousiaste mais aussi un puissant vent de liberté qui émerveille et va durablement inspirer des peintres autrichiens encore très marqués par les tendances académiques et "historicistes" qui caractérisent alors les Beaux-arts viennois.

L'exposition de la Pinacothèque porte une attention toute particulière aux premières années de la Sécession et à l'influence exercée sur la formation de Klimt par les grands intellectuels viennois, comme Carl Schuch, Tina Blau, Théodor Hörmann, Josef Engelhart, Max Kurzweil, qui, tout comme lui, ont séjourné à Paris à cette époque.

Une section est consacrée aux métiers de l'artisanat d'art, qui ont donné naissance à des pièces de mobilier, des bijoux précieux et de splendides céramiques. Les personnalités et les travaux des architectes Adolf Loos et Josef Hoffmann sont aussi évoqués.

Architecture, sculpture, littérature, musique, psychanalyse, philosophie, l'exposition présente de façon claire, synthétique et intelligente le formidable bouillonnement intellectuel qui marqua cette période, courte dans le temps (1900 - 1914) mais d'une importance fondamentale dans l'éclosion et la formation de la modernité.

Le clou de l’exposition est la reconstitution de la monumentale Frise Beethoven de Klimt (1902). Présentée pour la première fois en France, il s’agit d’une copie réalisée en 1984 pour le Belvédère, l’original étant sur les murs du Pavillon de la Sécession.

Étalée sur trois murs, la frise évoque les sentiments perçus à l'écoute de la 9ème symphonie de Beethoven. Comme à son habitude, Klimt utilise un grand nombre de matières différentes et n'hésite pas à recycler des matériaux non conventionnels : couleur à la caséine, enduits de stuc, dorures, morceaux de miroirs, éclats de verre dépolis, etc.

L'artiste a voulu réalisé une œuvre d'art totale (Gesamtkunstwerk) en réunissant la peinture, l’architecture et la musique. Essayons d'en décrypter le message :

Le premier volet, l'aspiration au bonheur, est symbolisée par les personnages féminins flottants du premier panneau :


La faible humanité souffrante (le couple agenouillé et la jeune fille debout derrière) adresse des supplications adressées à un invincible guerrier (l'homme en armure dorée tenant une épée) ; ils symbolisent ce que Klimt a qualifié de motivations extérieures, par opposition aux deux motivations intérieures que sont les allégories de la pitié et de la hardiesse (les personnages féminins debout derrière le guerrier). Tous les cinq invitent le guerrier à combattre pour le bonheur :


A ce noble dessein, viennent s'opposer d'effrayantes forces hostiles. A commencer par le géant Typhon, que même les dieux n'ont pas réussi à vaincre. Klimt le représente comme un espèce de gros singe aux yeux de nacre, doté d'un corps de serpent et de grandes ailes bleues ; debout, à sa gauche, ses vilaines filles, les trois gorgones. Au-dessus, trois visages féminins ressemblant à des masques, qui représentent la maladie, la folie et la mort. A droite de Typhon, un groupe de trois femmes, symbolisant cette fois la volupté, la luxure et l'intempérance (cette dernière porte une jupe bleue aux motifs décoratifs voyants et ornée d'applications). Une femme recroquevillée représente le chagrin


Face à de telles forces obscures, les désirs et les aspirations s'envolent et tout semble perdu. Mais heureusement, le bonheur pourra être atteint grâce à la poésie et la musique (la joueuse de lyre) qui, seules, peuvent guider l'humanité vers cet univers idéal où elle trouvera joie et amour véritables :



La scène finale illustre l'Ode à la joie de Schiller, mis en musique dans le final de la 9ème symphonie :






2 commentaires:

Jean Claude Mazaud a dit…

Couleurs,composition...tout est remarquable...
C'est très beau j'admire mais il est vrai aussi que je ne suis guère touché par ce genre de peinture...
Ceci dit, ton article est très bien fait et m'a vivement intèressé...
Quant à l'illustration sonore de la Frise Beethoven, tu ne pouvais mieux choisir : inattendu, émotion, joie...
Bon week-end
Amitiés
JC

MartinJP a dit…

De beaux et forts souvenirs également de l'exposition des années 80, mais j'ai vu celle ci avec plaisir, juste un peu importuné par les audiophones et les criailleries de gamins mal élevés. Mais Klimt, que j'adore, n'y est bien sur pour rien.