lundi 16 février 2015

Un Enlèvement bien peu enlevé

Il y avait plus de 30 ans que L'Enlèvement au sérail n'avait pas été donné à l'Opéra de Paris, et c'est bien sûr avec un grand plaisir que j'attendais cette nouvelle production.

Dans une ambiance quand même assez particulière : quelques semaines après les attentats de Charlie -et malheureusement juste avant ceux de Copenhague, les beaux messages de tolérance, de bonté et de résistance à l'absolutisme que nous délivre joyeusement l'opéra de Mozart résonnaient, il faut bien le reconnaître, avec une force particulière.
   
Loin de donner une vision politique ou tragique de l'œuvre, Zabou Breitman, dont c'était la première mise en scène lyrique, a proposé une lecture au premier degré, jolie et rafraîchissante, dans de somptueux décors signés Jean-Marc Stehlé. Un spectacle sage mais finalement sans grande surprise, auquel, comme avait dit Roselyne Bachelot à la radio à propos d’une autre production de l’Opéra de Paris, on peut emmener sans crainte la cousine Gisèle de province (s'attirant par là-même les foudres d’auditeurs provinciaux, ce qui est quand même moins risqué que celles des barbus).

Pas grand-chose à dire de ce spectacle, donc : une distribution plutôt homogène de jeunes chanteurs de qualité, qui se débrouillent sur scène plutôt bien mais dont l'entrain et les efforts sont malheureusement bridés par la mollesse consternante d'une direction d'orchestre peu inspirée. Je ne me souviens plus du nom de ce chef, et c'est sans doute mieux ainsi, mais force est de constater qu'il a réussi l'exploit -et il faut quand même le faire avec L'Enlèvement- de maintenir la musique, pendant plus de deux heures, dans un moderato mezzo forte d'une fadeur affligeante, gommant systématiquement les nuances rythmiques et aplatissant les dynamiques, pour faire sombrer petit à petit la salle dans une torpeur dont il était impossible d'imaginer la possibilité dans un tel répertoire. Les applaudissements comptés et mollassons furent d'ailleurs à la mesure de la performance.

Un jeune homme très déçu déclara à l'entracte : nous voilà revenus aux années 50, aussitôt repris par un monsieur plus âgé, qui lui fit remarquer que dans les années 50, il y avait au moins Fricsay et Karajan.



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