jeudi 19 février 2015

Florence Foster-Jenkins, première icône gay

Non sans humour, la notice Wikipédia présente Florence Foster Jenkins comme une soprano américaine célèbre pour son incapacité totale à chanter correctement. C'est bien pire que cela.

Née en 1868 en Pennsylvanie, Florence Foster exprima très tôt le désir de consacrer sa vie à son unique amour, la musique. Les passions non partagées engendrent des drames, on le sait, et son père, sentant la catastrophe arriver, refusa sagement de lui payer des études de chant.

Mais la Florence avait de la suite dans les idées. Elle claqua la porte de la maison familiale et s'enfuit à Philadelphie avec Frank Jenkins, un médecin qui devint son mari. Les tympans et l'équilibre mental du pauvre garçon n'ayant pas résisté longtemps, le couple divorça en 1902 et Florence partit s'installer seule, survivant grâce à quelques leçons de piano.

Mais les choses changèrent brusquement en 1909 lorsqu'elle hérita de la fortune confortable de son père. Pleine aux as, elle s'empressa d'engager un pianiste pour l'accompagner et organisa ses premiers récitals. Lesquels connurent un succès aussi fulgurant qu'inattendu.

La diva improbable avait l'habitude de se présenter sur scène affublée de tenues extravagantes et de jeter des fleurs vers son fidèle public, composé pour l'essentiel de messieurs élégants et célibataires qui venaient s’esclaffer à ses fausses notes et à ses cris stridents. La première icône gay venait probablement d'apparaître.

Un journaliste new-yorkais écrivit que son art se situait au-delà du génie. Certes, jamais sans doute n'a-t-on atteint un tel niveau dans tout ce qu'il ne faut pas faire : absence absolue de justesse, phrasés effrayants, timbre d'une indicible laideur, style indéfinissable, aucun sens de la mesure (bravo pour le pianiste qui rattrape tout ce qu'il est possible). Le vocabulaire habituellement utilisé pour parler des autres chanteur(se)s étant ici inutilisable, on est forcé de recourir au registre animalier, miaulements, glapissements et couinements.

Plus on se tordait pendant ses récitals, plus Florence s'obstinait. Persuadée de l'existence de son immense talent, elle déclara même un jour à la presse que les éclats de rire qui ponctuaient ses envolées provenaient de rivales rongées de jalousie professionnelle.

À 76 ans, cèdant à la demande de son public, Florence Foster Jenkins se produisit au Carnegie Hall, le 25 octobre 1944. Le récital était tellement attendu que les billets s'étaient vendus des semaines à l'avance. Un triomphe qui fût malheureusement son chant du cygne, car elle mourut un mois plus tard, d'une crise cardiaque....peut-être en entendant son enregistrement :


3 commentaires:

Jean Claude Mazaud a dit…

A ce "niveau", c'est franchement GENIAL !!!!
Bonne soirée l'ami...

jefopera@gmail.com a dit…

C'est effroyable, et je me demande bien qui peut acheter le disque. Une fois qu'on a rigolé un bon coup...

MartinJP a dit…

Ca dépasse l'entendement, mais quand je vois ce qui passe à la télé....