mardi 3 février 2015

Féérie vénitienne à la Salle Favart


Hier soir à la Salle Favart, dernière des Fêtes vénitiennes de Campra. Plus qu’un succès, un véritable triomphe pour William Christie, les Arts Florissants et les jeunes chanteurs que je retrouve sur scène, notamment Emmanuelle de Negri, Élodie Fonnard, Marc Mauillon et Cyrille Auvity. Ovationnés également, les danseurs de la troupe du Scapino Ballet de Rotterdam, qui viennent d'offrir un spectacle plein d'imagination, de malice et de sensualité.

Fervent admirateur de la musique italienne, qu'il adapta au goût français, le compositeur provençal André Campra (1660-1744) apparaît comme un maillon reliant Lully et Rameau. Dont l’un des grands mérites est d’avoir saisi rapidement qu'après l'austérité du règne finissant de Louis XIV, le public avait besoin de spectacles légers, et agréables autant à l’œil qu’à l’oreille. 

Avec Les Fêtes Vénitiennes (1710), il crée un nouveau genre, l'opéra-ballet, qui mélange chant et danse, dans une vision plus festive que dramatique. Chaque « entrée » (tableau ou acte) a sa propre intrigue et ses propres personnages, le point commun entre chaque étant le carnaval de Venise et les débordements amoureux qu’il occasionne.

Les Fêtes connurent un incroyable succès, plus de 300 reprises au fil desquelles Campra retoucha sa partition et ajouta de nouvelles entrées. De la dizaine d'heures de musique et de ballet ainsi produites, William Christie et Robert Carsen ont pris le meilleur pour concocter un spectacle aussi beau que réjouissant.

Le décor évoque une place Saint-Marc assez stylisée, dans des dominantes de noir et de rouge. Lumière tamisée des clairs de lune coquins, murs tendus de velours cramoisi, costumes chatoyants, personnages masqués et pour certains d’entre eux travestis, tout cela fait penser à Watteau, Longhi, ainsi qu'au Casanova de Comencini et au film de Tavernier Que la fête commence.

Le Prologue fait apparaître une statue géante de Carnaval, qui envoie les badauds et touristes de la Place Saint-Marc se déguiser pour faire la fête. Puis surgit La Folie, qui entraîne tout le monde dans une partouze géante, que ne réussira pas à interrompre la Raison, présentée sous les traits d’une bonne sœur revêche flanquée de deux moines grassouillets. Se succèdent alors trois entrées mettant en scène des quiproquos amoureux un peu gnangnans. Le texte ampoulé d'Antoine Danchet est habilement sauvé par la partition très maîtrisée de Campra, qui fait alterner des airs émouvants avec des danses bondissantes.

Les acclamations, bravos et rappels ont duré plus de 20 minutes. Clopin-clopant, ma voisine de droite est même descendue dans la fosse pour féliciter les musiciens des Arts Florissants, notamment Marie-Ange Petit et son surprenant arsenal de percussions : tambours, tambourins, clochettes, triangles, xylophone, vielle à roue, cornet et plaque de métal pour imiter le vent et le tonnerre.

A la sortie, un monsieur répond à un ami qui lui demande comment il va : Mais comment pourrais-je aller mal après un spectacle pareil ?






2 commentaires:

Jean Claude Mazaud a dit…

La Fête semble en effet somptueuse (superbe image...)
Décidemment la salle Favart ne cesse de se distinguer..
Amitiés
JC

jefopera@gmail.com a dit…

C'était en effet superbe, j'espère que le spectacle a été capté et sera bientôt diffusé.