vendredi 27 février 2015

Amadigi di Gaula

Le 27 mai 1715, Haendel présente au King’s Theatre de Londres un nouvel opéra, Amadigi di Gaula. Il le dédie au comte de Burlington, chez qui il séjourne depuis plusieurs mois. 

C’est d’emblée un très grand succès, auquel la présence sur scène du célèbre castrat Nicolo Grimaldi n’est sans doute pas étrangère. Rejoué près de 20 fois à Londres, Amadigi part en tournée sur le continent, notamment à Hambourg, ville natale du compositeur, où il est donné avec le même bonheur sous le titre d'Oriana.

L'auteur du livret, sans doute un certain Haym mais on n’en est pas tout à fait sûr, se serait inspiré de deux pièces de théâtre françaises, l’Amadis de Quinault, que Lully avait mis en musique en 1684, et l’Amadis de Grèce de Houdar de La Motte. Les deux pièces étant elles-mêmes directement inspirées d’un roman de chevalerie espagnol, Amadis de Gaule de Garci Rodríguez de Montalvo.
 
Publié en 1508, livre de chevet de Charles Quint et de François 1er, Amadis a servi, dit Cervantes, de modèle à tous les autres romans de chevalerie. Il a également nourri  l'imagination et les ardeurs de nombreux conquistadors espagnols, Bernal Díaz del Castillo, notamment, qui décrit ainsi, dans son Histoire véridique de la conquête de la Nouvelle-Espagne, son arrivée devant Mexico : Nous restâmes émerveillés et disions que tout cela rappelait les faits enchanteurs qui sont racontés dans le livre d’Amadis. 

Plus d’un demi-siècle après Haendel, Jean-Chrétien Bach utilise le livret de Quinault dans son Amadis de Gaule, créé à l’Opéra-Comique en 1779 -et repris il y a deux ans à la Salle Favart.
 
100 ans plus tard, c'est au tour de Massenet de s'intéresser à Amadis. Au cours de l’année 1895, il commence à écrire la musique d’un opéra sur le sujet, avant de mettre de côté ses esquisses, jusqu'en 1910 où il reprend la partition et la termine, quelques mois avant de mourir. De ce fait, son Amadis de Gaule ne fut créé qu’en avril 1922, à l'Opéra de Monte-Carlo.
 
Je ne vais pas ici raconter une intrigue riche en rebondissements et compliquée à souhait. Juste rappeler que le héros du roman, Amadis, affublé de surnoms aussi fleuris que damoiseau de la mer, chevalier de la verte épée ou beau ténébreux (ça vient de là), est l'archétype du chevalier errant et de l'amant fidèle des récits épiques médiévaux. Comme le roi Arthur, dont il est un peu le cousin ibérique, il vit au temps de la magie, dans une époque mythique où la terre est peuplée de dragons, de licornes, de nains, de géants, de mages barbus et de sorcières. Accompagné de son frère Galaor, protégé par l'enchanteur Alquif et la fée Urgande, il doit affronter des épreuves innombrables afin de conquérir la belle Oriane. 
Assez tarabiscoté, le livret de l’opéra de Haendel se concentre sur l'épisode au cours duquel Amadigi se trouve aux prises avec deux personnages qui contrarient ses amours avec Oriane : le prince Dardanus et la magicienne Melissa, une métis d’Ibiza qui se promène moitié nue. Avant que les amants ne puissent s’abandonner à la félicité d’un amour sans nuages au son d’une pastorale, ils devront traverser une série d’épreuves, au cours desquelles ils triompheront de démons, de furies et de sorcières, le tout avec force effets orchestraux et machineries spectaculaires.
Somptueuse de bout en bout, la partition compte plusieurs airs bouleversants, dont ce petit frère du célèbre Lascio con pianga de Rinaldo :



Et difficile de résister à ce final survolté, une danse espagnole trépidante, qui, comme disait ma grand-mère, donne envie "de pousser les fauteuils et de rouler les tapis" :



2 commentaires:

Jean Claude Mazaud a dit…

Je viens d'écouter avec plaisir ces deux extraits..
Le "beau ténébreux" a donc été une inépuisable source d'inspiration.
Bonne journée !
JC

MartinJP a dit…

Vu le Bach à Favart, qui m'avait un peu ennuyé..... Haendel doit être mieux