jeudi 1 janvier 2015

Sabine Devieilhe enchante Rameau

Inoubliable sur scène (La Flûte enchantée, Lakmé et en ce moment, à Favart, La Chauve-Souris), la jeune soprano française Sabine Devieilhe nous devait un enregistrement.

En réalité, c’est chose faite depuis plus d’un an. Mais décidément toujours en retard, je n’ai découvert que le mois dernier son récital Rameau. Un disque généreux (plus de 80 minutes de musique) qui, selon l’habitude désormais installée, fait alterner les airs et les parties orchestrales, d'une façon à la fois très fluide et très pensée.

Sabine Devieilhe nous emmène explorer les différentes arcanes du Grand théâtre de l’amour, c’est le titre de son récital, une invitation qu’il est bien sûr impossible de refuser. 

Amour, petit dieu polisson dont le pouvoir supérieur règne sur les quatre continents (Les Indes galantes) et qui triomphe dans toute l’œuvre de Rameau, de son premier opéra (Hippolyte et Aricie, 1733) à son dernier (Les Boréades, 1763), dans ses pastorales (Naïs, 1749), ses comédies bouffonnes (Platée, 1745) et ses tragédies lyriques (Dardanus, 1739).
 
Ce disque est plus un parcours qu'un récital, tant le travail avec Alexis Kossenko (chef et flûtiste) et l’ensemble Les Ambassadeurs relève de la parfaite symbiose.

A l’écoute de la première plage (les célèbres Sauvages des Indes galantes), j’ai été quand même un peu surpris par un tempo et une rythmique, disons… à l’ancienne. Une impression qui se dissipe assez vite, Kossenko montrant, en professionnel du théâtre, qu’il sait parfaitement ménager ses effets pour mieux surprendre. Sa direction, très équilibrée, maintient en fait un subtil équilibre entre la dynamique des formations baroques et le velouté instrumental des orchestres modernes.
 
Limpide, cristallin, avec un vibrato parfaitement maîtrisé, la voix de Sabine Devieilhe fait merveille dans ce répertoire qui ne tolère ni l’improvisation ni l’à peu près. Sa diction parfaite et son sens dramatique la rendent à l’aise sur tous les registres de la passion amoureuse, de l’excitation juvénile (Les Paladins) au désespoir (Zaïs) en passant par la tendresse mélancolique (Les Indes Galantes, Naïs, Anacréon) et l’ironie burlesque (Platée).
  
Une très belle invitation à découvrir ou retrouver l'art de Rameau, sur lequel Alexis Kossenko dit des choses très justes dans le texte d'accompagnement de l'enregistrement :
 
Rameau apparaît plus que jamais comme un ovni, un incroyable cul-de-sac musical. Musicien qui se hisse hors de son siècle, il assimile le passé et le présent tout en pressentant l’avenir. Il faudra des générations avant de lui trouver des héritiers, en Berlioz peut-être, en Debussy et Ravel sûrement.
 
Personne sans doute n’a su décrire toutes les nuances des sentiments humains mieux que Rameau. Il sait ébranler le cœur de ses auditeurs par le truchement d’une seule harmonie, d’une simple touche de flûte, d’un retard de basson. Trouvant une couleur unique à chaque air par la savante alchimie de l’instrumentation, de la matière sonore, des dosages, de la mélodie et de l’harmonie, rehaussée d’une maîtrise parfaite de la rhétorique et d’une compréhension supérieure de la prosodie française.



3 commentaires:

Jean Claude Mazaud a dit…

Bien aimé cet extrait de Castor et Pollux : je vais finir par devenir un fan de Rameau...
J'ai vu (écouté et apprécié)Sabine Devieilhe (quel nom !) dans une émission sur l'histoire de l'Opéra Comique : elle a chanté l'air de la poupée des Contes d'Hoffmann (je crois me souvenir que tu n'aimes guère Offenbach) et Lakmé.
A tous les deux je souhaite plein de bonheurs petits et grands et un excellent séjour au Viêt-Nam.
Amitiés
JC

jefopera@gmail.com a dit…

Merci pour ton commentaire, et je te souhaite à mon tour ainsi qu'à Geneviève une belle et heureuse année, une excellente santé et plein de voyages et de spectacles !

J'ai enregistré le Gala de l'Opéra Comique et vais le regarder ce week-end.....

Amitiés
JF

MartinJP a dit…

Quelle belle voix, en effet. Superbe artiste, dont le nom vient s'ajouter à la longue liste de merveilleux chanteurs et musiciens français, au moins voila un secteur qui n'est pas en crise.
Amitiés
JP