mercredi 7 janvier 2015

Gay's opera

Né en 1685, élevé par son oncle suite à la perte de ses parents, John Gay rejoint Londres après ses études de grammaire et devient apprenti aux côtés d'un mercier en soieries. Mais son cœur et son esprit n'en ont que pour la littérature ; en 1708, il publie un premier poème A la louange du vin, puis six pastorales dépeignant la vie rurale en Angleterre.

En 1714, Gay est nommé secrétaire de l'ambassadeur britannique à la cour de Hanovre. La mort de la reine Anne, trois mois plus tard, vient toutefois sonner le glas de sa carrière, car le successeur de la reine sur le trône britannique étant justement l'électeur George Ier de Hanovre, l'ambassade perd sa raison d'être et ferme ses portes.

En 1718, Haendel confie à John Gay, pour qu'il l'adapte à la scène londonienne, le livret d'Aci, Galatea e Polifemo, une "sérénade à trois voix" qu'il avait composée quelques années auparavant, en Italie, sur la commande de la duchesse de Sanseverino. Gay signe un livret tout à fait remarquable dans son dosage de sentiment, de badinage, de comique et de terreur : Acis and Galatea ne quittera plus jamais le répertoire et sera immortalisé au disque par Janet Baker.

Mais c'est avec son chef d’œuvre, The Beggar's opera (l'opéra des gueux), créé le 29 janvier 1728 sur une musique de Johann Christoph Pepusch, que John Gay connait la renommée.

Dans un esprit nationaliste et anti-italien, Gay collecte et met bout à bout des chansons populaires britanniques et des arias d'opéras italiens, qu'il fait chanter à des mendiants et bandits des bas-fonds londoniens. A forte portée satyrique, The Beggar's opera ridiculise la haute société de l'époque et tourne en dérision son engouement pour l'opéra italien.

Les personnages, notamment le capitaine Macheath et Polly Peachum, ont inspiré Bertolt Brecht et Kurt Weill pour leur Opéra de quat'sous. Ce qui n'a pas empêché The Beggar's opera de tomber dans l'oubli. Pour en avoir une idée, il faut se reporter à la version cinématographique de Peter Brook, avec Laurence Olivier :



Un beau monument fut élevé à la mémoire de Gay par le duc et la duchesse de Queensberry, avec l'épitaphe suivante :

Simple comme un enfant, affectueux et doux,
Homme par ton esprit, au vertueux courroux
Que savais mitiger par ta veine plaisante,
fait pour charmer ton siècle, et par ton âme ardente

Fait pour le fustiger. Restant incorrompu
Même parmi les grands d'un Etat corrompu
Quoique pauvre ; ami sûr, et compagnon facile,
Jamais blâmé vivant, pleuré sur ton argile

Tel ils sont les honneurs qu'à ta vertu l'on rend.
Près des héros ton buste est placé maintenant
A la cendre des Bois se mêle ta poussière,
Mais ce sont les regrets que tu laisses sur terre

Qui plus que ces honneurs sont un hommage vrai,
Quand les plus nobles cœurs disent "Ici gît Gay".

1 commentaire:

Jean Claude Mazaud a dit…

Pas tout à fait ce que j'attendais !
Ma grande ignorance éclate :
Je ne connaissais guère que le nom ; j'ignorais même l'existence du film de Brook...
Peu de chances de voir ce film et encore moins la version scénique : cette dernière se donne-t-elle de nos jours...
Amitiés
JC
Le Vietnam approche : je prédis un article sur l'opéra d'Hanoï ???