vendredi 3 octobre 2014

Arvo Pärt, la musique calme de Tallinn

Tallinn - photo Jefopera
Il est 8 heures du matin et le soleil est déjà haut sur le port d’Helsinki. Sur la jetée, un petit marché de primeurs est en train de s’installer. Un peu plus loin, les ferrys géants qui desservent les ports baltiques commencent à embarquer des centaines de passagers, de camions et de voitures.

Le bateau que je vais prendre est bien plus petit et surtout plus rapide que ces mastodontes effrayants. Une heure de mer et je serai à Tallin, en Estonie. Une journée d’été fraîche et lumineuse, à la découverte de cette charmante petite ville colorée, qui s’efforce année après année d’effacer les traces de 50 ans d’occupation et de terreur soviétiques.

Une visite qui m’offre l’occasion de dire quelques mots de l’un des plus grands compositeurs actuels, Arvo Pärt, un enfant du pays né en 1935.

L’année de ses 27 ans, il obtient un premier prix de composition à Moscou, prélude à une alternance d’honneurs officiels et de vexations de la part de la censure, qui voit d’un mauvais œil son utilisation du sérialisme (formalisme quand tu nous tiens….) et, pire, le caractère sacré de plusieurs de ses compositions. A partir de 1968, il se consacre à l’étude de la musique chorale médiévale, avant de formaliser et de développer son propre style, qu’il baptise d’un nom rigolo : tintinnabuli.

Ici, déclare-t-il, je suis seul avec le silence. J’ai découvert qu'une seule note suffit quand elle est bien jouée. Cette note, ou un moment de silence me réconforte. Je travaille avec très peu d’éléments et construis avec les matériaux les plus primitifs -l’accord parfait, dans une tonalité spécifique, accord dont les trois notes résonnent comme des cloches. Et c’est pourquoi j’appelle cela tintinnabulation.

Je pourrais comparer ma musique à une lumière blanche dans laquelle sont contenues toutes les lumières. Seul un prisme peut dissocier ces couleurs et les rendre visibles : ce prisme pourrait être l'esprit de l'auditeur.

La première œuvre écrite dans ce style est une pièce pour piano intitulée Fûr Alina. Elle est suivie de plusieurs autres compositions, notamment Fratres, Cantus in Memoriam Benjamin Britten, Festina lente, Summa et surtout Tabula rasa, qui font la renommée définitive du compositeur.

N’en pouvant plus de la censure, Pärt part s’installer à Vienne en 1980 avant de se fixer quelques années plus tard à Berlin-Ouest, où il compose surtout des œuvres religieuses vocales.

La musique de Pärt est très actuelle dans la mesure où elle parvient à relier plusieurs époques et plusieurs cultures, de la musique modale médiévale au sérialisme et au minimalisme, en passant par la musique arabe (Orient et Occident). Les choses étant d’ailleurs plus complexes que cela. L’école minimaliste, à laquelle on a voulu le rattacher, a en réalité été elle même assez fortement influencée par certaines traditions orientales, à commencer par celle des gamelans indonésiens, dont la musique est construite sur une suite de modulations à peine perceptibles d’un même motif.

En phase, donc, avec l’accélération de la mondialisation qui caractérise les premières années de notre 21ème siècle, la musique de Pärt est également populaire (elle se vend bien !) parce qu’elle offre un refuge à l’auditeur, un havre de paix et de méditation hors du temps. Bref, elle fait du bien.


4 commentaires:

Jean Claude Mazaud a dit…

Bon encore un musicien que j'ignore : il est vrai que ma connaissance de la musique contemporaine est plus que limitée !
C'est vrai que le morceau que tu propose est lion d'être agressif et ne m'a pas déplu...
J'avais bien aimé en 2012 une retransmission du Met : La tempête (d'après Shakespeare) de Thomas Ades dirigée par le compositeur...
Je te souhaite un bon dimanche.
Amitiés

jefopera@gmail.com a dit…

Thomas Ades est très talentueux et sa musique à la fois abordable et d'excellente qualité, comme celle de John Adams (dont il faudra que je parle....)
Excellent dimanche à toi aussi
JF

Evaristo a dit…

Merci pour cet article, sur un compositeur que j'aime beaucoup (je connais toutes ses oeuvres) mais encore trop peu connu et rarement joué en France.

Pourtant, recemment sur Mezzo, moment très émouvant avec la présence de Pärt, à Pleyel, pour la création d'une de ses nouvelles compositions, une pièce en hommage à Gustave Eiffel. Acclamé à juste titre par un public parisien finalement bien moins rétif aux compositions contemporaines que ce que l'on raconte. A condition bien sûr qu'il s'agisse de musique.

MartinJP a dit…

Effectivement, merci. Je l'ai parfois entendu sur France Musique. J'ai apprécié vos commentaires qui m'ont éclairé sur cette musique que je trouvais assez simpliste, pas désagréable, voire assez "planante" comme vous le dites, mais ne procurant aucune émotion. A réécouter donc.