dimanche 17 août 2014

Le violoniste de Chantilly

Château de Chantilly - photo jefopera
Un week-end fort agréable à Chantilly me donne l'occasion d'évoquer la figure d'un musicien dénommé Aubert. Pas le vieux chanteur du groupe Téléphone à la voix de chat enrhumé, non. Pas non plus Esprit François Auber, le compositeur plus connu aujourd'hui par la station de RER qui porte son nom que par ses nombreux opéras comiques, à peu près tous tombés dans l'oubli.

Né à Paris vers 1683, Jacques Aubert se met assez jeune au service d'un grand personnage, Louis-Henri de Bourbon, prince de Condé. Il devient son premier officier de musique et suit le prince partout, notamment dans son domaine de Chantilly. Le prince de Condé, qui aime y venir chasser et se reposer, vient d'y faire édifier de magnifiques écuries.

Un jour de l'automne 1722, rentrant de Reims, le jeune roi Louis XV s'invite à Chantilly. Le duc de Bourbon offre en son honneur une série de fêtes somptueuses. Une chronique de l'époque rapporte : Ce n'étaient qu'illuminations, ballets, comédies, parties de pêche et de chasse ; avec un art consommé de la mise en scène, Monsieur le Duc faisait collaborer la nature aux réjouissances royales et, comme par enchantement, le parc et la forêt de Chantilly se transformaient en un vaste théâtre de verdure, animé des ébats de nymphes d'opéra et où, de chaque buisson, s'exhalaient de mélodieux concerts"....écrits par Jacques Aubert. Deux ballets, notamment, firent grande impression : La Fête royale et le Ballet des vingt-quatre heures.

À partir de 1729, le compositeur se produit avec succès au Concert Spirituel, à Paris, et y joue des concertos pour violon et orchestre de sa composition. Concertos que les historiens de la musique reconnaissent comme les premiers du genre en France et grâce auxquels Jacques Aubert est encore mentionné dans les histoires de la musique.

Un genre, qui, ouvrons une parenthèse, ne sera pas promis à un grand succès. Car à part ceux de Saint-Saëns, Harold en Italie de Berlioz (écrit pour alto) et la Symphonie espagnole de Lalo, on ne compte dans la musique française que très peu de concertos pour violon -les deux derniers cités relevant d'ailleurs de la symphonie concertante et non du concerto stricto sensu.

Laissons le mot de la fin au musicologue Lionel de La Laurencie (Gazette musicale de mai 1906) : 

La manière de Jacques Aubert reflète une intarissable bonne humeur, et ses concertos se tissent de petites formules pimpantes, lestement troussées, qui minaudent à qui mieux mieux. Nous sommes bien ici en présence d'un art aristocratique, conçu pour plaire à de grands seigneurs très légers et très frivoles, en présence d'un art de divertissement qui ne vise qu'à amuser, qu'à créer une atmosphère de plaisir élégant. Aubert fait souvent usage de quintes qui sonnent joyeusement, avec une joie facile et parfois commune ; mais il a de l'entrain, un entrain prestigieux ; ses finales, allégros, prestos, gigues , s'enlèvent dans un train échevelé, dévalent avec un dynamisme et une gaieté inimaginables. Tout cela est faiblement contrapointé, de trame légère, point trop chargée de pédantes imitations ; cela court, cela vole, cela n'insiste pas.

Tout est fort bien dit et je n'aurais su mieux le dire.

Les concertos d'Aubert ont été enregistrés par un ensemble baroque plein de talent, Les Cyclopes. Le disque, magnifique, a reçu plusieurs distinctions de la presse musicale.

4 commentaires:

Jean Claude Mazaud a dit…

Je ne connais pas ce musicien...
J'ai écouté ce concerto avec plaisir.
Amitiés

jefopera@gmail.com a dit…

C'est vrai que c'est très joli, et fort bien joué en plus.

Ta suggestion sur Bellini est bien notée, je vais y travailler. Je vais d'abord publier quelques articles sur la musique en Finlande + qqs bricoles.

Et ensuite, sans doute Bellini à Paris ou Bellini et Chopin (ou les deux en même temps....)

Bien amicalement

Jean Claude Mazaud a dit…

Je savoure par avance...
Merci

MartinJP a dit…

Chaque château a son histoire musicale car c'était là que se faisait la vie culturelle sous l'Ancien régime : peinture, arts décoratifs, littérature, musique, sciences, bref, que serait la culture française sans l'oisiveté et l'argent de l'aristocratie ....