dimanche 13 juillet 2014

Après une écoute des symphonies de Chostakovitch

Je vais revenir sur Chostakovitch, dont je découvre en ce moment les symphonies et les concertos, après la lecture du livre de Sarah Quigley.


Assez bizarrement, je ne connaissais que ses deux opéras, beaucoup moins populaires que ses symphonies ou ses quatuors. Le Nez, d'abord, qui fût le premier opéra que j'ai vu sur scène, dans les années 70, au Théâtre de Poitiers.

40 ans après, un joli coup de chapeau à l'audace des programmateurs des Rencontres musicales :


Et puis, à Bastille, une Lady Macbeth de Mzensk incarnée par une Eva-Maria Westbroek époustouflante :


Mais à part ces deux opéras, sur lesquels il faudrait d’ailleurs que je revienne, rien d’autre. Juste la valse rengaine qui accompagna des années le spot publicitaire d’une compagnie d’assurances. Je m'étais bien dit qu'il faudrait un jour partir à la découverte des symphonies mais avais repoussé année après année l’écoute d’œuvres que j’imaginais bruyantes, arides sur le plan mélodique et versant facilement dans la grandiloquence soviétique. Idées reçues bien sûr.

Il fallait peut-être juste attendre qu'un événement extérieur déclenche le mouvement, ce que vient de faire le roman de Sarah Quigley.

La première chose était de trouver une version discographique. Je voulais une intégrale, par commodité, mais aussi parce qu’il me semblait plus pertinent de garder tout au long du voyage le même capitaine.

Un coup d'œil sur les ouvrages, les sites et forums musicaux permet, en simplifiant fortement, de distinguer deux tendances : l’école occidentale, avec comme principal représentant Haitink et son luxuriant Concertgebow, et l’école soviétique, avec Kondrachine et surtout Mravinsky.

Ce dernier a créé plusieurs œuvres de Chostakovitch et les deux hommes se connaissaient très bien. Malheureusement, Mravinsky, à ma connaissance, n'a pas gravé toutes les symphonies. Connaissant déjà plusieurs disques de Kondrachine, je craignais d'être rapidement agacé par le son acide et criard des enregistrements soviétiques. N’étant pas un grand fan d’Haitink, qui m’a plusieurs fois plongé dans un profond sommeil, j’ai choisi une troisième voie, celle de Neeme Jarvi.

Ce n’est pas une véritable intégrale dans la mesure où le chef estonien a enregistré une partie des symphonies chez DG, avec l’Orchestre symphonique de Göteborg, et l’autre partie chez Chandos, avec l’Orchestre national écossais. Qui ne sont pas des formations de premier plan me direz-vous. Mais bon, que ce soit l’un ou l’autre, j’ai d’emblée été séduit par la direction précise, nerveuse et toujours subtile de Jarvi, des prises de son de bonne qualité et des réalisations orchestrales, peut-être pas toujours éblouissantes mais suffisamment convaincantes pour retenir mon attention en permanence.

J'ai attendu d'avoir écouté plusieurs fois chacune des symphonies pour essayer de mettre quelques idées au clair, ce qui n'est pas évident pour évoquer des œuvres qui ont déjà suscité des milliers d'études et de commentaires.

Les symphonies dont des œuvres amples et ambitieuses, dont le souffle lyrique fait souvent penser à Mahler, marquées par de forts contrastes, de la frénésie au plus profond désespoir. Avec un métier incomparable, Chostakovitch fait naître des tensions exacerbées, scandées par des rythmes puissants et de saisissants effets orchestraux (4, 5, 7, 8 et 10). Il y a bien sûr parfois de la grandiloquence et j'ai trouvé quelques longueurs dans celles qui font appel aux voix (2, 3, 13 et 14). Mais le voyage n'a jamais été ennuyeux et j'ai bien souvent remis sur la platine trois fois de suite le même disque.

Très accessibles, les symphonies contiennent néanmoins des dissonances et des hardiesses harmoniques qui en font à part entière des œuvres du XXème siècle. Les dernières font même appel à des éléments d’écriture dodécaphonique -ce que Chostakovitch n’avait jamais osé faire du temps de Staline par crainte d’aller au goulag pour « formalisme ». 

Ce qu’il a toujours fait, en revanche, c’est d’utiliser l’ironie, à travers des motifs et des rythmes grinçants, sarcastiques, un peu comme Mahler. Ce qui, d'ailleurs, était presque aussi risqué que l'écriture sérielle.

J’ai une tendresse particulière pour la 9ème symphonie, partition espiègle, peu démonstrative, qui semble avoir été écrite pour une formation de chambre. Bien qu'on ne puisse pas vraiment la rattacher au néo-classicisme, elle m'est apparue comme une cousine délurée de la Symphonie classique de Prokofiev et de la Symphonie en ut de Stravinsky. En tout cas, son caractère lumineux, enjoué et insolent la place à part dans la série des 15. Et l'autre soir, en l'écoutant pour la deuxième fois, j'ai vu surgir une bande de lutins farceurs au milieu d'un défilé militaire...

Créée le 5 novembre 1945 à Leningrad par Mravinsky, elle faillit quand même coûter la vie à Chostakovitch pour avoir mis Staline dans une colère noire, qui avait demandé une symphonie pompeuse à grands effets, avec chœurs et hymne final à sa gloire. Dans le style de la 9ème de Beethoven, avait-il même précisé...

5 commentaires:

Jean Claude Mazaud a dit…

De Chostakovitch je ne connais guère que "Le Nez" (retransmis de Met en décembre - époustouflante réalisation scénique -http://jcmemo-34.blogspot.fr/2013/12/le-nez-1930-dmitri-chostakovitch-1906.html) et "Lady Macbeth de Mzink".
Pas du tout l'oeuvre symphonique à part une certaine valse utilisée en publicité.....
Décidément il va me falloir acheter le livre de Sarah Quiglay...
Je te souhaite un bon dimanche.

jefopera@gmail.com a dit…

Il se lit d'une traite..... Bon dimanche à toi aussi
JF

orchestre a dit…

Une bonne mélodie!Merci pour cet extrait

MartinJP a dit…

J'ai néanmoins toujours préféré, comme pour Bruckner, Mahler et une bonne partie de la musique du XXème siècle, écouter au concert qu'au disque. Est-ce du fait de la longueur des symphonies ? Ou de leur dureté ? Elles méritent il est sur plusieurs écoutes attentives, Chostakovitch était un génie, plus personne n'en doute.

jefopera@gmail.com a dit…

Idem pour les opéras où le texte joue un rôle important : Wagner et le répertoire du XXème, que j'écoute peu au disque, préférant de loin la scène ou les DVD.