jeudi 5 juin 2014

Résurrection à la Basilique de Saint-Denis



La deuxième symphonie de Gustav Mahler, dite Résurrection, sera jouée demain soir à la basilique de Saint-Denis, dans le cadre du Festival.

A la tête du Chœur de Radio France et de l’Orchestre National de France, un jeune chef américain plein de promesses, James Gaffigan, et deux excellentes chanteuses, la soprano Genia Kühmeier et la contralto Nathalie Stutzmann, qui chantera cette oeuvre pour la deuxième fois à la basilique.
   
Résurrection a lancé le début du cycle Mahler, il y a déjà plus de 30 ans. Tournée vers la foi chrétienne, la plus mystique des 9 symphonies achevées par le compositeur viennois prend en effet naturellement sa place, à la basilique, aux côtés des messes, requiems et oratorios.

Mahler a toujours eu une affection particulière pour sa "deuxième", qu'il a souvent dirigée et même choisie pour son concert d'adieu à Vienne. C'est aussi avec elle qu'il prit la baguette pour la première fois à New York, en 1908, puis à Paris, en 1910.

Commencée en 1888 à Leipzig, dans la foulée de sa première symphonie, l'oeuvre prend d'abord la forme d'un poème symphonique, Totenfeier (fête des morts). Puis, plus rien pendant cinq ans. Accaparé par ses nouvelles fonctions de directeur de l'Opéra de Budapest, à la fin de l'année 1888, Mahler n’a, en effet, plus beaucoup le temps de composer. Et la sentence du chef Hans von Bülow, à qui il montre sa partition ne l'encourage pas à persévérer :

Dans une lettre à son ami l'archéologue Fritz Löhr (décembre 1891), Mahler raconte : Le jour où je lui ai joué ma Totenfeier, il s'est mis dans un état d'excitation nerveuse, disant, tout en gesticulant comme un dément, qu'en comparaison Tristan était une symphonie de Haydn. Tu vois, j'en suis presque réduit à croire qu'ou bien mes choses valent moins que rien, ou… Complète et choisis toi-même ! J'en ai pour ma part plus qu'assez !

Le projet de symphonie dormira encore un an et demi, jusqu'à l’été 1893. Moins sollicité par ses responsabilités à l'Opéra, Mahler se remet au travail et termine les deuxième et troisième mouvements, plus courts. Toutefois, en panne d'idées pour le final, il range de nouveau le manuscrit au tiroir.

En 1894, Hans von Bülow décède. Lors de ses obsèques, Mahler entend l’ode de Klopstock Aufersteh’n (Résurrection), qui lui laisse une impression telle qu’il décide de conclure sa symphonie par un long mouvement choral basé sur ce poème. Une conclusion pleine d'espérance, en réponse aux angoisses du mouvement initial, mais aussi un bel hommage dénué de rancune au chef d'orchestre exceptionnel que fût Hans von Bülow.

Mahler a rédigé un programme à l’intention de son cercle d’amis. Il ne voulait pas le publier, mais il y eût bien sûr des fuites :

Le premier mouvement (Allegro maestoso Totenfeier), particulièrement impressionnant, représente des funérailles. S'agit-il de celles du Titan de la première symphonie ? Il exprime en tout cas l’interrogation existentielle de la résurrection : la vie et la mort ont-elles un sens ? Y a-t-il une vie après la mort ? 

Le second mouvement (Andante moderato) est une gracieuse mélodie, comme un rappel des moments heureux de la vie du défunt. 

Le troisième, noté en un mouvement tranquille et coulant, est un scherzo grinçant, extrait du cycle du Knaben Wunderhorn, dans lequel le compositeur mêle grotesque et tragédie pour mieux souligner la vacuité des choses terrestres, et la perte de la foi qui accompagne l'intérêt excessif qu'on leur accorde.

Le quatrième mouvement, Urlicht (Lumière originelle), une pure merveille, est un chant pour contralto, issu lui aussi du recueil du Knaben Wunderhorn. Il illustre la renaissance de la foi naïve et pure.

Enfin, le cinquième mouvement évoque le jugement dernier, la réalisation de l’amour de Dieu et la proclamation de la résurrection et de la vie éternelle.

Grâce à l’entregent de Richard Strauss, les trois premiers mouvements sont créés à Berlin, le 4 mars 1895, par l'Orchestre Philharmonique de Berlin, dirigé par Mahler lui-même. La salle est à moitié vide, on entend des sifflets et, le lendemain, la critique musicale fustige un pathos bruyant et pompeux rempli d'atroces dissonances.

L’aide de deux mécènes hambourgeois permet tout de même au compositeur et à l’orchestre d’organiser une exécution des cinq mouvements, le 13 décembre de la même année. Le réaction du public fut cette fois enthousiaste et l’œuvre fut saluée par les deux plus grands chefs de l'époque, Arthur Nikisch et Felix Weingartner. 

Très populaire, la deuxième symphonie est aujourd'hui souvent inscrite au programme des concerts. Elle compterait même plus de 130 versions discographiques.

3 commentaires:

Jean Claude Mazaud a dit…

Un bonheur d'entendre Jessy Norman dans cet extrait de Résurection (pardonne ma plaisanterie stupide sur Facebook..)
Merci pour les précisions apportées su cette 2ème Symphonie...
Je suppose que tu as prévu d'assister au concert.
Bon week-end musical donc..
Amitiés
Jc

jefopera@gmail.com a dit…

Bien au contraire, ton commentaire était rigolo et bienvenu !
Oui, j'y vais ce soir avec enthousiasme : j'espère juste ne pas être trop mal placé....
Amitiés
JF

MartinJP a dit…

Là encore espérons que ce concert soit diffusé sur les chaines publiques ou à péage...