dimanche 8 juin 2014

Les orphelines vénitiennes à la Légion d'honneur

Saint-Denis - Ecole de la Légion d'honneur
Un parfum de lagune souffle aujourd'hui à l'Ecole de la Légion d'honneur. 
  
Geoffroy Jourdain, à la tête de son ensemble baroque Les Cris de Paris, vient en effet à Saint-Denis, dans le cadre du Festival, diriger plusieurs œuvres sacrées de Vivaldi : le Kyrie en sol mineur, le Gloria en ré majeur, le Credo en mi mineur et le Magnificat en sol mineur.

Le copieux programme proposé permettra d'entendre également le célèbre adagio pour hautbois de Marcello et une oeuvre beaucoup plus rare, le Miserere de Hasse.
  
Le jeune chef rappelle que les pièces sacrées de Vivaldi ont été écrites pour les jeunes filles de La Pieta "pensionnaires d’orphelinats qui fondaient leur éducation autour de la musique avec un souci d’excellence. À cette époque, il faut savoir qu’au regard de l’Église, les femmes devaient se taire, donc ne devaient pas chanter. Mais, en opposition, la République de Venise soutenait ces établissements. Ces pièces sacrées étaient écrites pour une église et n’étaient pas destinées à être publiées.

Les moyens non négligeables des ospedali leur permirent de s'offrir les services des musiciens et compositeurs les plus prestigieux, en qualité de maître de chœur, organiste, professeur d'instruments, maître de chant. Ils mirent leur art au service de l'enseignement de ces jeunes filles recluses qui pouvaient effectuer jusqu'à trois ou quatre services religieux publics par semaine. de nombreux témoignages d'époque font état d'une activité foisonnante, qui impressionne particulièrement les visiteurs étrangers.

Ainsi le Président de Brosses, dans son Voyage en Italie (1739) :

La musique transcendante ici est celle des Ospedaletti. Il y en a quatre (Pieta, Mendicanti, Derelitti, Incurabili) tous composés de filles bâtardes ou orphelines, et de celles que leurs parents ne sont pas en état d'élever. Elles sont élevées aux dépens de l'Etat, et on les exerce uniquement à exceller dans la musique. Aussi chantent-elles comme des anges, et jouent du violon, de la flûte, de l'orgue, du hautbois, du violoncelle, du basson ; bref, il n'y a si gros instrument qui puisse leur faire peur. Elles sont cloîtrées en façon de religieuses. ce sont elles seules qui exécutent, et chaque concert est composé d'une quarantaine de filles. 

Je vous jure qu'il n'y a rien de si plaisant que de voir une jeune et jolie religieuse, en habit blanc, avec un bouquet de grenades sur l'oreille, conduire l'orchestre et battre la mesure avec toute la grâce et la précision imaginables. Leurs voix sont adorables pour la tournure et la légèreté.



Un court extrait du Gloria de Vivaldi, avec Trevor Pinnock et The English Concert :


1 commentaire:

MartinJP a dit…

Une très belle page de Vivaldi, que je me souviens avoir chanté à la chorale paroissiale de Sainte Geneviève...