mercredi 11 juin 2014

La symphonie des cuistres

Week-end de Pentecôte marqué par deux très beaux concerts à Saint-Denis mais aussi par un temps exécrable. Orages, tempête, chaleur moite et rhume des foins m’ont quasiment cloîtré à la maison. Désœuvré, j'ai passé une bonne partie de la journée sur internet, à visiter des sites et des forums de musique classique. Vous me direz que plus de 5 ans après avoir créé ce blog, il était temps de se lancer dans une telle exploration.
  
Venant d’entendre sur Radio Classique une publicité pour un énième coffret de best-of, j’ai entré machinalement  le terme « top 10 symphonies » sur Google, sans d'ailleurs beaucoup d’espoir, pensant être redirigé sur la dernière compil Karajan ou Abbado, avec la 5ème de Beethoven, la Fantastique et la Symphonie du Nouveau monde.

Et bien pas du tout.

Les sites anglo-saxons donnent des résultats intéressants et assez homogènes : on retrouve bien sûr les piliers du répertoire (Mozart, Haydn, Beethoven, Brahms, Mahler), mais aussi quelques symphonies nationales, comme celles d’Elgar, de Vaughan-Williams, de Walton ou de Barber, toujours populaires, souvent enregistrées et inscrites régulièrement au programme des concerts aux Etats-Unis et en Grande Bretagne. Mais aussi peu connues en France que l’étaient celles de Sibelius avant que Karajan ne les impose définitivement dans les années 60.

L’exploration des sites français donne des résultats assez différents et permet de constater deux tendances extrêmes : 

Le grand public, auprès duquel je me range bien volontiers, ovationne assez largement les compositeurs allemands précités, en les agrémentant de touches nationales : Bizet, Berlioz, Franck et Saint-Saëns reviennent ainsi le plus souvent.
    
Et puis il y a le monde merveilleux des précieux, ceux qui vous sortent à l’entracte d’un concert, le bec en cul-de-poule : Beethoven est tellement rabâché, écoutez-plutôt la quatrième de Martinu, une merveille, absolument ex-tra-or-dinaire !
    
Et là, je suis allé de surprises en surprises. A côté de la 4ème de Schubert, apparaît la 2ème de Lutoslawski, la 2ème de Szymanowski et la 6ème de Popov (j’ai vérifié, ça existe !). Je me suis dit qu’il devait subsister quelques nostalgiques de la vie culturelle riante des anciens Pays de l’Est.
    
Mais non, il y en a pour tout le monde : un peu plus loin, je découvre la 1ère de Corigliano, la 5ème de Raff, la 6ème de Petterson, la 4ème de Schulhoff, la 3ème de Langgaard, la 1ère de Taktakishvili, la 2ème de Melartin et la 1ère de Rufinatscha -pitié, n'en jetez plus !- voisiner joyeusement avec la Jupiter et l’Héroïque -de je ne sais plus qui.
    
Enfin, plutôt que voisiner, je devrais dire monter sur le podium à 10 places. Car ces découvertes témoignent d’une hiérarchie des valeurs musicales surprenante, à laquelle je ne vois que deux explications :
   
Soit ces classements relèvent d’un enthousiasme visionnaire, et alors le monde musical dans son ensemble (musiciens, organisateurs de concerts, maisons de disques, producteurs de radio et de télévision) se fourvoie depuis des décennies dans la routine et le manque d'imagination.
   
Soit tout cela relève de la cuistrerie, et n’a alors pour unique objet que d’essayer de plonger le malheureux visiteur dans une perplexité coupable, lui faisant prendre conscience de l’épaisseur crasse de son goût musical et de la gravité de son inculture.
   
Il est bien sûr toujours intéressant de partir à la découverte des répertoires oubliés, et je suis le premier à saluer les initiatives en la matière, comme par exemple celles du Palazetto Bru-Zane pour la musique française. Mais de là à mettre Theodore Gouvy, Erki Melartin, Rued Langgaard et Gavrii Popov au même niveau que Beethoven, il y a une différence, et même un fossé.
   
Comme la plupart de ces symphonies ne sont d'ailleurs jamais données en concert et guère plus enregistrées, je me demande comment nos Trissotin des partitions obscures ont pu faire pour en devenir si familiers. Mais c'est vrai que maintenant on trouve presque tout sur Youtube. Ce qui permettra à chacun de se faire une idée sur les mérites comparés de Popov et de Beethoven :


5 commentaires:

Jean Claude Mazaud a dit…

J'ai bien aimé ton article et je me précipite pour commander la 6ème de....Popof.
J'espère que tu vas mieux.
Amitiés.

MartinJP a dit…

Bien ri. La pédanterie culturelle, un mal national.... Il y a aussi tous ces gens qui n'ont rien à faire de la journée et qui publient des milliers de lignes sur les forums, les chats ou je ne sais quoi d'autre, avec pour seule intention celle d'agresser ou de se moquer des autres, tout en essayant de se faire remarquer.
Me suis toujours méfié de ces classements, arbitraires et finalement sans intérêt.

jefopera@gmail.com a dit…

Il me serait bien impossible d'en faire un et je suis sûr que dès le lendemain, il changerait, avec mon humeur...

lectriceOttawa a dit…

Vous pourriez quand même essayer ?

jefopera@gmail.com a dit…

Merci pour votre message venu de loin....
Oui, je vais essayer, mais ne vous promets rien, notamment sur la qualité du résultat !