mercredi 21 mai 2014

Les Planètes (Un tour du monde en musique 14 / 14)

C'est avec Les Planètes que s'achève notre voyage. D'autres étapes auraient pu être ajoutées, la Symphonie alpestre de Richard Strauss, par exemple. Mais, voila, comme les meilleures choses, les plus beaux voyages ont une fin. Et le pari de Phileas Fogg a été tenu : 75 jours depuis le départ sur La Moldau.

Quelques mots sur cette partition célèbre, qui bénéficie d'une discographie abondante et de qualité.

Il s'agit d'une suite symphonique, écrite par le compositeur britannique Gustav Holst entre 1914 et 1917. Elle fût créée avec un grand succès au Queens Hall, sous la baguette d'Adrian Boult, quelques semaines avant l'armistice.

L'oeuvre se compose de sept parties assez courtes, une pour chaque planète alors connue, à l’exception de la Terre. L’ordre n’est pas celui, habituel, de la distance au soleil (Mercure-Venus-Terre-Mars-Jupiter-Uranus-Neptune-Pluton) mais est lié à l’imaginaire que le compositeur associe à chaque planète : Mars le principe de la guerre, Venus la pacificatrice, Mercure le messager ailé, Jupiter le créateur de la joie, Saturne l’agent de la vieillesse, Uranus le magicien et Neptune le mystique.

Chaque planète suit une logique musicale propre et presque tous les styles de l’époque (impressionnisme, romantisme, expressionnisme, modernisme) sont représentés, ce qui fait de la pièce une synthèse remarquable des différents courants musicaux : on y trouve en effet des échos de Rimski-Korsakov, Sibelius, Debussy et Stravinsky.

Mars est une page violente, sombre, parcourue par des rythmes implacables martelés aux cuivres. Ecrite juste avant le début de la Première Guerre, elle campe un paysage sonore de fin du monde. D'une efficacité assez spectaculaire, c'est déjà une véritable musique de film, au point que lorsque je l'ai entendu pour la première fois, j'ai cru voir apparaître le vaisseau amiral de Dark Vador. Visiblement, John Williams connaissait aussi ses Planètes.

En complet contraste, apparaît Venus, avec son tempo lent, son atmosphère féerique et fantastique, souvent aux limites du silence. Une page assez incertaine, sans réelle mélodie, plus empreinte de mystère que de la sensualité habituellement associée à la déesse de l'amour.

Mercure joue un rôle de scherzo, avec des sonorités aériennes de flûte et de célesta.

Jupiter se déroule dans un climat dansant, populaire évoquant un personnage débonnaire et bon vivant, avec au centre une mélodie un peu solennelle, communément appelée l'Hymne de Jupiter ; c'est l'air le plus célèbre de Holst.

Saturne débute aux flûtes et harpes, sur un rythme de marche qui évoque celle du temps. Au terme d'un développement évoquant la jeunesse, son combat et sa défaite contre la vieillesse, le mouvement se termine tranquillement, comme une acceptation de ce qui est inéluctable.

Uranus fait entendre, après un motif de quatre notes, une mélodie déhanchée de bassons. On a là un second scherzo d'humeur assez mahlérienne, empreint d’un humour grinçant, presque violent. Le mouvement commence sur une sorte d'incantation de quatre notes qui annonce le magicien. Une danse va alors en s'intensifiant jusqu'à ce que la harpe rappelle doucement le thème du début. Tout finit sur une explosion orchestrale. Ce mouvement n'est pas sans rappeler L'Apprenti sorcier de Paul Dukas.

Neptune, le septième et dernier mouvement, est la pièce la plus impressionniste de Holst. Les instruments semblent errer dans le vide, sans qu'aucun thème défini ne prenne forme. Un chœur de femmes se fait entendre, a cappella, sortant de nulle part. Il s’agit en fait, selon les instructions de Holst, d’une chorale dissimulée dans une pièce cachée, dont seule la porte laissée ouverte laisse le son filtrer jusqu’au public. Le mouvement finit avec ce chœur, par une disparition en fondu -une première pour la musique classique, le son semblant se perdre dans l'infini. Vers l'infini et au-delà...

2 commentaires:

Jean Claude Mazaud a dit…

Découverte : je ne connaissais absolument pas..
J'ai bien aimé : beaucoup d'échos de musiciens du 20° siècle..
Merci pour cette croisière qui se termine brillamment.
Amitiés

MartinJP a dit…

Oui, en effet, un parcours très enrichissant et tellement plu serein que le film auquel vous faites allusion au demeurant excellent.