samedi 17 mai 2014

Le Louvre Abu Dhabi à Paris


Jusqu'au 28 juillet prochain, le Louvre expose une sélection des premières acquisitions qu'il a faites pour nourrir le futur musée d'Abou Dhabi. Environ 160 œuvres, sur les 400 qui constitueront la collection permanente du musée émirien

La sélection a été faite de telle sorte que le visiteur comprenne un message simple : le futur musée sera aussi universel que possible, sans tabous concernant la période, les sujets représentés ou la religion. La nudité ne semble pas avoir été un problème, ni même un certain érotisme, comme en témoigne un superbe vase grec représentant des satyres munis de tous les attributs de la fonction. Au moins, les burkas qui se pencheront sur la sympathique anatomie de ces créatures ne laisseront rien apercevoir de leurs émois.

L'accrochage présente des œuvres signées par des peintres illustres (Bellini, Murillo, Giordano, Manet, Caillebotte, Picasso) et d’autres émanant d’artistes moins connus, comme l'Ottoman Osman Hamdy Bey, élève de Gérôme, dont le Jeune émir à l’étude a été reproduit un peu partout à l’occasion de l’exposition.

Deux ensembles apparaissent incongrus : une succession assez ennuyeuse de miniatures mogholes et persanes (le Louvre a acheté la collection de James Ivory, on se demande bien pourquoi) et 9 vilains barbouillis bleu et blanc d'un certain Cy Twombly, présenté comme post pollockien.

Il y a quelques semaines, dans Libération, le journaliste Vincent Noce épinglait méchamment la collection présentée : Sans thématique, cet assemblage hétéroclite tient d’un inventaire à la Prévert, mâtiné de «politiquement correct» : un Christ bavarois, un Coran, une Vierge de Bellini, un brin de nudité, un poil de tragédie biblique, un gitan de Manet et une scène médiévale d’Ingres, un ivoire allemand, un tabouret 1920, une agrafe carolingienne. Un zapping de l’histoire de l’humanité, pour donner l’illusion d’une collection «universelle» : un objectif en fait hors d’atteinte, alors que les chefs-d’œuvre de la Renaissance ou de l’impressionnisme sont détenus par les musées. Et qui privilégie un regard européocentriste.

Jugement auquel répondit, dans Le Figaro Magazine, le conservateur Vincent Pomarède : cette approche comparatiste consiste au contraire « à décloisonner les arts et les techniques, les cultures et les aires géographiques, pour mettre en valeur les échanges et les spécificités propres à chaque création. Cette démarche est en accord avec le rôle millénaire de l'Arabie lorsque la région était un trait d'union entre l'Europe et l'océan Indien, ouvrant la voie aux liaisons avec l'Asie et l'Afrique.

Comme au Louvre Lens, les voisinages inhabituels m'ont semblé générer d'intéressants effets de contraste. Les œuvres présentées, pour la plupart d'un grand intérêt artistique, dialoguent, se répondent sans cesse, et, au final, apparaissent beaucoup plus en valeur que si elles étaient entourées de dizaines de pièces similaires. Un signe qui ne trompe pas : plusieurs jours après la visite, j'avais, et pense toujours avoir en tête la plupart des peintures, sculptures et objets exposés. Ce qui était loin d'être le cas lorsqu'il y a quelques années, je suis sorti du musée d'Athènes sur les genoux, au bord de l'overdose après mon soixantième vase grec rouge sur noir -à moins que cela soit noir sur rouge, mais je ne m'en souviens plus.

A la fois pédagogique et ludique, jouant sur les contrastes pour mieux mettre en valeur chacune des œuvres, mais aussi pour montrer comment les cultures et les civilisations ont pu s'influencer mutuellement, cette nouvelle approche de la muséographie complète la présentation traditionnelle par écoles et par époques, adoptée par la plupart des grands musées occidentaux. Il ne m'est pas apparu qu'elle ait vocation à s'y substituer.

A Abu Dhabi, plus de 5 000 ouvriers travaillent actuellement à l'édification d'un bâtiment somptueux, conçu par Jean Nouvel. Un dôme blanc de 180 mètres de diamètre, soutenu par quatre piliers colossaux. Le Louvre Abu Dhabi, qui proposera 6 000 mètres carrés de galeries permanentes et 2 000 pour les expositions temporaires, devrait ouvrir en 2016.




1 commentaire:

Jean Claude Mazaud a dit…

Décidément le Louvre a une étonnante faculté à se multiplier...
Amitiés