mardi 6 mai 2014

Central Park in the dark (Un tour du monde en musique 12 / 14)

Welcome to New York ! En compagnie d'un compositeur singulier, Charles Ives. 

Un autodidacte plus que doué, qui a développé dans sa jeunesse le goût de l’expérimentation musicale, notamment grâce à son père : chef de chorale dans une petite ville de la Nouvelle-Angleterre, celui-ci avait en effet coutume, les jours de parade, d'installer son fils au milieu d’un square, afin, disait-il, qu'il se forge l'oreille à l'écoute des fanfares et des bruits de foule. La leçon ne sera pas oubliée.

Une fois ses études achevées, le jeune Charles, qui garde les pieds sur terre, se lance dans la carrière des assurances. Et y fait rapidement fortune - nous sommes en Amérique.

Mais le dimanche, il étudie la musique, et compose d'étranges partitions en utilisant des techniques d'avant-garde, comme le collage, les musiques simultanées, la polytonalité, la polyrythmie et les micro-intervalles.

Le succès est pourtant loin d'être au rendez-vous. Effrayé par ces innovations, le public siffle à chacun de ses concerts, lesquels deviennent de ce fait de plus en plus rares. Et heureusement que les polices d'assurances sont là pour faire bouillir la marmite.

A partir de 1940, les choses commencent à changer. Plusieurs musiciens en vue, comme Elliott Carter, Lou Harrison, Bernard Hermann (le compositeur d’Alfred Hitchcock) et Leonard Bernstein s'intéressent aux partitions de Charles Ives et se démènent pour les faire connaître. Sa musique est alors de plus en plus programmée. En 1947, sept ans avant sa mort, le compositeur reçoit même le prix Pulitzer pour sa troisième symphonie.

Son oeuvre la plus célèbre, qui fait l'objet de notre étape d'aujourd'hui, est une courte pièce orchestrale intitulée Central Park in the dark.

Composée en 1906, mais créée seulement en 1954, elle fait partie d’un ensemble nommé Three Outdoor Scenes, dont elle est le dernier volet. Ives la décrit comme l'évocation d'une chaude nuit d'été, dans la perspective d'un banc, dans Central Park, dans les anciens jours, avant que le moteur à combustion et la radio aient monopolisé la terre et l'air.

C'est un ensemble de souvenirs et d'impressions sonores échappés d'une époque disparue, collés ensemble dans une superposition quasi cinématographique, et d'une stupéfiante modernité.

Central Park in the dark s’ouvre sur des sonorités atonales jouées par les cordes. Des sonorités sinueuses, mystérieuses, presque primitives, que viennent heurter une série de sons urbains. D'un casino qui n'est pas loin, on perçoit des bribes de ragtime (piano bastringue). Puis, passe un camion de pompiers et un cheval effrayé. On arrive progressivement à un paroxysme orchestral qui vient saturer l'espace sonore, un climat hurlant, selon Ives, qui s'éteint aussi bizarrement qu'il est venu. La nuit commence à être fraîche, et le temps semble venu de rentrer à la maison.

1 commentaire:

Jean Claude Mazaud a dit…

Encore une découverte, grâce à toi !
Curieusement (je dois être complètement à côté de la plaque..) lors de l'écoute de "Central Park.." j'ai pensé à...."la Mer" de Debussy.
Amitiés