samedi 10 mai 2014

Amazonas (Un tour du monde en musique 13 / 14)

Du compositeur brésilien Heitor Villa-Lobos (1887 - 1959), je n'ai longtemps connu, sans doute comme beaucoup de gens, que la 5ème des Bachianas brasileiras, celle avec voix de soprano.

Mais il y a quelques mois, j'ai écouté avec beaucoup de plaisir plusieurs de ses pièces pour piano, grâce au bel enregistrement de Wilhem Latchoumia :


J'en étais à peu près resté là, jusqu'à ce que je découvre Amazonas, en préparant ce tour du monde en musique. 

Composé à Rio de Janeiro en 1917, le poème symphonique Amazonas a été créé 12 ans plus tard à Paris, sous la direction de Gaston Poulet. Et fit forte impression sur le public, ce que l'on peut comprendre.

Des accords sauvages échappés du Sacre du Printemps, des envolées stridentes et de brusques variations rythmiques créent un climat oppressant, voire anxiogène, qui restitue avec une remarquable efficacité la force sauvage des forêts tropicales. Le musicologue Mario De Andrade parle d'un orchestre qui avance en se traînant péniblement, cassant des branches et mettant à bas des arbres, des tonalités et des traités de composition.

Je l'ai écouté les yeux clos, laissant courir mon imagination, percevant peu à peu le glissement des serpents sur le sol moussu, les cris de grands oiseaux multicolores, le bruissement des feuilles de la canopée et le souffle d'Indiens menaçants munis de sarbacanes. Avec quelques réminiscences d'expéditions récentes dans la jungle de Bornéo (cf. illustration), guère plus hospitalière que celle d'Amazonie, l'effet a été complet.

L'originalité de la pièce tient aussi au fait qu'une grande partie des thèmes proviennent de motifs musicaux que Villa-Lobos a recueillis auprès des Indiens d'Amazonie. Bon, pas de quoi fredonner en sortant du concert, juste quelques éléments, savamment assemblés dans une masse orchestrale riche et foisonnante, émaillée de sonorités rares obtenues d'instruments bizarres, tels les sarrusophones (instruments à anche double, comme le hautbois, le basson ou le cor anglais, mais avec un corps en cuivre), les violinophones (sorte de cor relié à un violon) et une panoplie pittoresque de percussions primitives.

Là encore, mais cela finit par devenir une antienne depuis le début de ce voyage, je me demande pourquoi cette pièce aux couleurs fascinantes n'est jamais enregistrée ni inscrite au programme des concerts.

3 commentaires:

Jean Claude Mazaud a dit…

Des échos du Sacre il est vrai...Le morceau est envoûtant ! Je connais bien mal Villa Lobos...
Dommage que cette croisière soit sur le point de s'achever.
Bien amicalement.

jefopera@gmail.com a dit…

Il reste une dernière étape + une étape surprise en forme de bis !!

Le pari des 80 jours devrait être tenu !

MartinJP a dit…

Je vous laisse cette étape, plus pour les serpents que pour la musique, effectivement très séduisante et fort originales. L'eouvre de Villa-Lobois demeure peu connue en France, ses concertos et ses symphonies ne sont jamais jouées dans les concerts et je ne sais pas si elles sont enregsitrées, mais au Portugal, on peut les entendre de temps en temps, ne serait-ce qu'à la radio.