jeudi 24 avril 2014

Escales (Un tour du monde en musique 9 / 14)

Partons avec Jacques Ibert pour une croisière méditerranéenne, de Rome à Valence. Une première escale nous fera découvrir Palerme et une deuxième la Tunisie.

Le premier morceau, Rome - Palerme, emprunte son motif au folklore italien. C'est une sorte de nocturne, au tempo modéré, exposé d'abord par la flûte puis par le hautbois, qui offre des courbes assez sinueuses, sur un large et calme balancement de l'orchestre (cordes et harpes). Sa couleur mélancolique est assez inhabituelle pour une évocation de l'Italie, mais peut-être est-ce la mélancolie du départ et des adieux.

La sirène retentit, le paquebot quitte doucement les côtes italiennes et met le cap sur le Sud. Nous voici arrivés à Tunis. Dans un café arabe, un musicien joue une mélopée sensuelle (hautbois), un autre de ce tambour arabe que l'on appelle derbouka (quatuor de cordes). La fumée du thé brûlant se mêle à celle des narguilés et de la bonne herbe. Un  jeune homme au teint cuivré et aux lèvres peintes se lance dans une danse sensuelle et chaloupée. La tête commence à tourner et les sens s'échauffent.

Mais la sirène du paquebot se fait de nouveau entendre, il est temps de rentrer à bord. Nous voguons toute la nuit et découvrons le port de Valence dans la brume du matin. Plusieurs motifs rhapsodiques font scintiller l'orchestre, à l'image de l'Espagne trépidante et baignée de soleil que nous allons découvrir. Et c'est dans ses rythmes endiablés que s'achève notre courte croisière.

On ne va pas dire qu'Escales a révolutionné l'histoire de la musique, et je ne prétendrai pas non plus que cette pièce puisse rivaliser avec les compositions orchestrales de Ravel, auxquelles on a parfois voulu la comparer. Pourtant, ce triptyque coloré mériterait d'être plus connu et mis de temps en temps à l'affiche des concerts.

Escales a été composé entre 1920 et 1922, suite à une croisière en Méditerranée qu'avait effectuée le compositeur. Créé aux Concerts Lamoureux, en 1924, il a aussi inspiré un ballet, donné à l'Opéra de Paris en 1948, sur une chorégraphie de Serge Lifar.

Deux mots sur Jacques Ibert, qui n'est pas beaucoup plus connu que Liadov et Delius, avec qui nous avons fait connaissance au cours de précédentes étapes.

Né en 1890, Ibert étudie au Conservatoire de Paris, de 1910 à 1914, et remporte le premier grand prix de Rome, en 1919. Une ville qu'il retrouve 20 ans plus tard, cette fois comme directeur de la Villa Médicis, poste qu'il occupe de 1937 à 1940, jusqu'à la déclaration de guerre de l'Italie à la France. Il part alors se réfugier à Antibes, où il survit dans une semi clandestinité et occupe ses journées en composant. Rétabli dans ses fonctions en octobre 1944, Ibert reprend le chemin de Rome et de la Villa Médicis, où il se réinstalle jusqu'en 1960, avant de décéder deux ans plus tard.

Jacques Ibert a composé des opéras, des ballets, des musiques pour le théâtre, le cinéma et la radio, des œuvres vocales ou instrumentales légères et mélodieuses. Tout est pratiquement tombé dans l'oubli.


3 commentaires:

Jean Claude Mazaud a dit…

Beau programme que cette croisère en compagnie de Jacques Ibert.
(Ps : j'aime beaucoup la nouvelle image de ton profil)

jefopera@gmail.com a dit…

C'est Papageno !

MartinJP a dit…

Ces pièces ne sont effectivement jamais données au concert et c'est dommage, même si je vous rejoins dans le doute au sujet de leur comparaison avec celles de Ravel. Mais elles valent quand même mieux que l'oubli dans lequel elles semblent tombées. Une préférence marquée pour le "café arabe", effectivement très réussi dans le climat chaloupé et envoutant. On est avec Paul Bowles quelque part à Tanger.....