vendredi 21 mars 2014

Sur un marché persan (Un tour du monde en musique 4 / 14)

Je n'ai pas pu résister au plaisir d'inclure dans ce voyage musical une étape Sur un marché persan. Une pièce très connue d’un compositeur qui l’est beaucoup moins, Albert Ketelbey. 

Ma grand-mère, qui adorait ce morceau et l'appelait malicieusement "sur un marchand percé", mettait le disque les jours où elle « faisait sa poussière ». "Ça me donne de l'entrain" disait-elle, le plumeau à la main, un fichu sur la tête, en esquissant quelques mouvements chaloupés qui valaient leur pesant de loukoums.

Né à Birmingham, en 1875, Albert est un enfant prodigue, qui, à peine âgé de 11 ans, reçoit les félicitations et encouragements d’Edward Elgar après lui avoir joué une sonate pour piano.

Cinq ans plus tard, il est nommé organiste titulaire à l'église Saint John de Wimbledon. Mais la musique religieuse ne semble pas être sa tasse de thé et il laisse assez vite les grandes orgues et la liturgie anglicane pour prendre la direction de l’orchestre d’une compagnie de comédie musicale dans le West End, puis celle du Vaudeville Theater de Londres.

Chef d’orchestre talentueux (il a dirigé le prestigieux Concertgebouw d’Amsterdam), compositeur adroit d’un quintette à vent et piano, d’un quatuor à cordes, de suites orchestrales et d’un opéra-comique (The Wonder Worker, 1900), Ketelbey est cependant passé à la postérité pour ses pièces orchestrales brillantes et exotiques, dont les noms délicieux sont autant d’invitations au voyage : Dans le jardin d’un monastère (1915), Au Clair de la lune (1919), Sur un marché persan (1920), Cloches à travers les champs (1921), Dans le Jardin d’un temple chinois (1923), Le Sanctuaire du cœur (1924), Tambours de la jungle (1926), Dans les eaux bleutées d’Hawaï (1927), L’Egypte mystique (1931)…

Toujours très populaire en Grande-Bretagne, où on a de l’humour, il n’a pas la meilleure réputation au pays de Pierre Boulez. Un critique dont j’ai oublié le nom, et ce n’est peut-être pas plus mal, l’a traité de jardinier paysagiste pour lotissement de banlieue. Encore plus méprisant, le très sérieux Guide Fayard de la musique symphonique ne cite même pas son nom. Et je ne serais pas surpris, si je fréquentais encore les disquaires, de voir ses œuvres remisées au rayon des inclassables, quelque part entre Franck Pourcel, André Rieu et le Rondo veneziano.

Ses pièces sont pourtant irrésistibles. Évocations colorées de l’empire colonial britannique à son apogée, pleines de vie, de rythmes et de belles couleurs orchestrales, elles développent de suaves mélodies, généreuses, un peu dégoulinantes bien sûr et toujours aux limites du bon goût, je l’admets. Mais cette musique franche et décomplexée fait tellement de bien. Les compositeurs d’opérettes -comme Gilbert et Sullivan- et de musiques de film sauront d'ailleurs s’en souvenir.

Créé en 1920, Sur un marché persan évoque la vie animée et foisonnante d'un marché oriental. La musique décrit successivement l'entrée des chameliers et la démarche majestueuse de leurs montures, le chant des mendiants demandant l'aumône (bakshish bakshish Allah, Allah.... il avait tout compris au monde oriental), la danse de la belle princesse, les jongleurs, les charmeurs de serpents, le passage solennel du calife visitant le marché, de nouveau le chant des mendiants, la danse de la princesse et la caravane des chameliers qui s'éloigne, figurant le marché qui se vide peu à peu au soleil couchant.

Ravel, qui avait de l'humour, disait que Sur un marché persan valait bien son Boléro, et avait peut-être même davantage d'idées…


2 commentaires:

MartinJP a dit…

Merci pour cette madeleine, n'avais pas entendu ni fredonné ce morceau d'anthologie depuis des décennies ! Pourquoi effectivement ne pas le jouer au concert et même à la radio... Je suis branché assez souvent sur Radio Classique mais ne l'ai encore jamais entendu (alors qu'ils nous gavent de naisieries baroqueuses)

jefopera@gmail.com a dit…

Et encore, j'ai constaté des progrès, notamment au fil des sorties de CD, avec régulièrement des oeuvres rares, écrites par des compositeurs peu connus. Ils sont en progrès.

Dans le temps, sur France Musique, il y avait l'excellente émission de Sylvie Février : Musique légère !