samedi 29 mars 2014

Paris (Un tour du monde en musique 6 / 14)

Ecrit à la toute fin du XIXème siècle, le poème symphonique Paris, The song of a great city, est la première grande page d'orchestre d'un compositeur anglais quasiment inconnu en France, Frederick Delius.

Il naît le 29 janvier 1862, à Bradford, dans une famille marchande prospère. Son père le destine à la reprise de ses affaires mais toutes ses tentatives échouent devant le peu d’appétence du jeune homme pour le négoce.

Frederick est envoyé comme représentant en France, mais il passe son temps en excursions sur la Côte d'Azur, dépense plus que de raison et coule le commerce. Excédé, son père l'expédie gérer une plantation d'orangers en Floride. Frederick ne s'intéresse pas plus aux oranges qu'au négoce et il rentre en Europe en 1886.

Il décide alors de partir en Allemagne, le pays de ses ancêtres, étudier la musique au conservatoire de Leipzig. Un centre musical de premier plan où le souvenir de Bach, Mendelssohn et Schumann reste très vivant. Brahms, Tchaïkovsky, Mahler et bien d'autres sont tous venus en effet au Gewandhaus diriger leurs symphonies. Et c'est là que Delius rencontre Grieg, qui l'encourage chaleureusement dans sa vocation, après avoir entendu sa Florida suite, une de ses toutes premières œuvres, inspirée des mélodies qu'il a entendues dans les plantations américaines. Lors d'un dîner à Londres en avril 1888, Grieg réussit même à convaincre Delius père que l’avenir de son fils est dans la musique et non dans le commerce. 

Enfin libre ! Delius quitte Leipzig en 1888 pour Paris, où il est accueilli et pris en charge par son oncle Theodore. Il se lie d'amitié avec de nombreux écrivains et artistes, dont August Strindberg, Edvard Munch et Paul Gauguin. La biographe de Delius, Diana McVeagh, parle d'un Delius attrayant, chaleureux, spontané et amoureux... tellement amoureux qu'il en chope la syphilis. Sur le plan musical, les années parisiennes de Delius sont très productives : un poème symphonique Paa Vidderne, l'ouverture fantaisie Over the Hills and Far Away, les variations orchestrales Appalachia et un opéra, The Magic Fountain.

En 1897 il rencontre Jelka Rosen, une jeune artiste allemande, amie d'Auguste Rodin, qui vient d'acheter une maison à Grez-sur-Loing, en Seine-et-Marne. Le compositeur emménage avec elle et ils se marient en 1903. Mais après 1918, Delius commence à souffrir des effets de la syphilis : il devient peu à peu paralysé et aveugle et ne réussit à terminer ses dernières partitions qu'avec l’aide d’un copiste. Il meurt à Grez-sur-Loing la 10 juin 1934.

Mais revenons à notre poème symphonique.

Ce tableau assez long (presque 25 minutes), sous-titré "nocturne", ne déroule pas de programme ni de contenu narratif précis mais propose une succession d'ambiances sonores contrastées, orchestrées avec habileté.

Le musicologue Philip Heseltine écrit : pour Delius, Paris n'est pas seulement une ville de France, une place à part dont la vie collective doit être étudiée objectivement, un peu comme un entomologiste étudierait un nid de fourmis ; c'est un coin de son âme. Dans ses esquisses, le compositeur a noté sur les partitions plusieurs commentaires, tels que ville mystérieuse, ville des plaisirs -il connaissait le sujet- ou de la musique et des joyeuses danses.

Les premières mesures peignent une ambiance empreinte de mystère, la brume sur la Seine, une aurore épaisse, humide et un peu inquiétante. Suit un passage plus agité, puis une mélodie assez suave énoncée aux cordes : c'est Paris, la ville des amoureux. Surgissent ensuite quelques rythmes enjoués et rengaines de cabaret, lancés par les cuivres et les percussions. On entend aussi, au fil de l'oeuvre, des petits solos de violon qui rappellent un peu la musique de Richard Strauss. Un compositeur qui ne rendait d'ailleurs pas à Delius l'admiration que celui-ci lui portait : on raconte qu'un jour, alors que Delius lui proposait de diriger Paris, Strauss répondit qu'il n'en ferait rien, trouvant le développement symphonique de cette imitation de Charpentier trop maigre.

La première de Paris fût donnée à Elberfeld, en Allemagne, le 14 décembre 1901. La presse locale, qui s'attendait à du french cancan, ne fût pas vraiment emballée et accusa la compositeur d'avoir mis les spectateurs dans un bus pour les conduire d'un lieu nocturne parisien à un autre, sans laisser entendre les mélodies harmonieuses des cabarets. Certes, ce n'est pas du Offenbach, mais c'est tant mieux.

2 commentaires:

Anonyme a dit…

Nice, thanks
JIM LA

MartinJP a dit…

Moins accroché qu'avec les précédents.....