mardi 11 mars 2014

Le Lac enchanté (Un tour du monde en musique 2 / 14)

Continuons à l'Est, vers la Russie. 

Un lac au milieu d'une forêt, dans les environs de St Petersbourg, a inspiré à Anatoli Liadov un poème symphonique d'une grande originalité.

Fils de Constantin Liadov, maître de chapelle à la Cour de Russie, le compositeur du Lac enchanté a souvent été considéré comme le sixième membre du Groupe des Cinq. Élève de Rimski-Korsakov, il composa d'abord pour le piano, notamment plusieurs Bagatelles, Arabesques et Préludes où l'on retrouve l'influence de Chopin et de Schumann, avant de s'orienter vers la musique symphonique, à travers une symphonie en si mineur et plusieurs poèmes évoquant des légendes russes : Baba-Yaga, Kikimora et Le Lac enchanté (1909), qu'il considérait comme son chef-d'oeuvre.

Sous-titré Scène de conte de fées, le morceau est chargé de visions imprécises, mystérieuses, exprimées avec beaucoup de poésie sonore. Des mélodies, ou plutôt des fragments thématiques, apparaissent au fil de la partition pour s'évanouir aussi vite, sans être développées.
 
Dès les premiers accords arpégés a la harpe, on est capté par cette ambiance étrange, planante, on se demande ou ça va et en fait ça ne va nulle part. Comme le voile de brume qui recouvre à l'aube le lac enchanté, la musique semble en suspension. Par un jeu de métamorphoses harmoniques sophistiquées et une instrumentation raffinée traduisant le frémissement de l'eau (cordes divisées) et le scintillement des étoiles qui s'y reflètent (flûte, célesta, harpes), Liadov créé une musique envoûtante, d'une limpidité impressionniste qui fait souvent penser à Debussy.
 
On ne peut toutefois manquer les citations assez fidèles du petit motif rythmique - qui évoque le bruissement du feuillage - des Murmures de la forêt de Siegfried. Le même motif que l'on retrouve d'ailleurs dans l'introduction orchestrale des Gurre Lieder de Schönberg.
  
Rimski-Korsakov adorait ce poème symphonique qu'il qualifiait de précieux bijou et de pièce d'orfèvrerie musicale. Un bijou qu'on aimerait bien voir plus souvent scintiller au programme des concerts et au catalogue des maisons de disques.


4 commentaires:

Jean Claude Mazaud a dit…

J'ai pris grand plaisir à écouter ce "Lac"...
C'est vrai que l'on pense à Debussy...
Maintenant (jusquà ce jour...) j'ignorais tout de ce lac et de Liadov !
Merci à toi et Chapeau !
Très amicalement

jefopera@gmail.com a dit…

Merci, j'ai profité de ce voyage pour parler, à côté de quelques pièces très célèbres comme La Moldau, de plusieurs partitions oubliées ou peu connues, qui mériteraient d'être jouées et enregistrées de temps en temps.
Le Lac est une très belle pièce d'orchestrer, semble-t-il appréciée en Russie.
Amitiés
JF

MartinJP a dit…

C'est effectivement très très beau, mais sans doute introuvable dans le commerce ?

jefopera@gmail.com a dit…

On peut le télécharger sur Itunes avec d'autres oeuvres de Liadov.

Sur Amazon, on trouve aussi qqs rares CD. Il faut juste faire attention à la date d'enregistrement pour ne pas se retrouver avec des vieilleries soviétiques au son acre, nasillard et acide.