mercredi 26 mars 2014

Dans le jardin d'un monastère (Un tour du monde en musique 5 / 14)

Après la joyeuse pagaille du marché persan, allons nous reposer Dans le jardin d'un monastère.

Composé en 1915, c'est un hymne au printemps dont le compositeur donne l’argument : le premier thème, chaleureux, représente la tranquillité d’un jardin de monastère où, sur fond de chants d’oiseaux, un jeune poète songe à sa vie et à ses chagrins. Ses rêveries s’expriment au travers d’un deuxième thème plus sombre et plus agité. On entend au loin des moines chanter le Kyrie eleison, puis le thème initial revient, encore plus réconfortant et consolateur. La psalmodie des moines résonne une dernière fois, gagnant en intensité et amène à une conclusion rayonnante d’exaltation.

De quel monastère a pu s'inspirer Ketelbey ? Lui seul le savait, et ce n'est même pas certain, car j'ai l'impression qu'il s'agit, non d'un lieu déterminé, mais plutôt de l'idée d'un jardin de monastère, un lieu imaginaire, rêvé, un peu comme la maison que dessinent les enfants à l'école, et qui est rarement celle où ils habitent.

Il y a comme cela un quartier de Venise qui n'existe que dans ma tête. Je ne l'ai ni imaginé ni dessiné mais il est venu à moi, une nuit, dans un rêve. Un quartier avec ses ruelles, ses canaux, ses palais et ses églises, un quartier populaire, ni trop touristique ni trop décati, mais un quartier polisson, impertinent, qui ne vient jamais lorsque je l'appelle le soir en cherchant le sommeil, mais qui s'invite et envahit mes songes lorsque je l'attends le moins. Ce quartier n'est pas le décor du rêve mais son objet, car je ne fais que m'y promener et il ne s'y passe rien. C'est un quartier fragile, qui n'a pas de nom, tout entier construit par les songes et qui s'évanouit aux premières lueurs de l'aube.

Pour évoquer ce jardin de monastère, l'image de San Francesco del Deserto est venue toute seule, sans doute par une association d"idées avec ce quartier imaginaire. Cette petite île, proche de Burano, est bien réelle. Mystérieuse, difficile à rejoindre, elle n'a jamais occupé mes songes mais souvent nourri le rêve bien éveillé d'aller un jour la visiter.

En 1220, alors qu'elle s'appelait alors l'Île des Deux Vignes, Saint François d'Assise (mon saint patron, dont j'ai sans doute hérité l'amour des oiseaux) y aurait fait halte en rentrant de Palestine. En 1228, le propriétaire des lieux fait construire une église, puis lègue l'île à l'Ordre des Franciscains (les Frari).

Jusqu’au début du 19ème siècle, la petite île a presque toujours abrité une communauté monastique, avec des hauts et des bas, liés aux soubresauts de l'histoire. En 1806, Bonaparte la fait transformer en poudrière et le monastère, désaffecté, commence à tomber en ruines. Jusqu'à ce que les Autrichiens, en 1858, cèdent l'île au diocèse de Venise. Les Franciscains s'y réinstallent, entreprennent de grands travaux de restauration et, depuis, y accueillent les visiteurs, retraitants et petits oiseaux.

4 commentaires:

Jean Claude Mazaud a dit…

Je n'ai pas eu le bonheur de visiter l'île de tes "rêves" : peut-être en juin ?
Amitiés

MartinJP a dit…

On ne s'en lasse pas (enfin peut-être un peu à la longue). je me prends à réver, moi aussi, que des compositeurs actuels reprennent le flambeau de Ketelbey et nous pondent des pièces au charme désuet, qui raviraient un dimanche pluvieux, avec un bon livre et du thé bien chaud.
Bien amicalement

MartinJP a dit…

Et en plus j'avais loupé l'éatpe quand j'ai commencé votre voyage il y a quelques mois avant d'en entreprendre un bien réel au Portugal (où la liberté de la retraite me fait vivre la moitié de l'année, et ou je ne me préoccupe plus guère d'internet.....)

jefopera@gmail.com a dit…

Bienheureux.....