vendredi 3 janvier 2014

L'art et la révolution

1849. Chassé de Dresde puis de Weimar pour ses prises de position révolutionnaires, Richard Wagner trouve refuge à Zurich, où il s'installe avec son épouse Minna. Apaisé, il lit, rencontre des intellectuels et prend la plume pour exprimer ses idées, dans un essai intitulé L'art et la révolution. Un ouvrage que les éditions Sao Maï ont eu l'excellente idée de rééditer l'année dernière.

De quoi s'agit-il ?

Wagner remonte aux sources de la civilisation occidentale, en Grèce, dont il se proclame redevable de l'héritage intellectuel, notamment du théâtre. Court âge d'or après lequel, estime-t-il, tout se gâte, en particulier à Rome, où les Stoïciens enseignent un mépris de soi-même et un dégoût de la vie préparant les voies d'un christianisme qu'il trouve vénéneux et chargé de neurasthénie -il n'a pas tort.

Certes, la nation germanique va lutter courageusement contre le pouvoir temporel de l'Eglise, allant même, avec Luther, jusqu'à remettre en cause son autorité spirituelle. Et, à Nuremberg, comme au sein des autres cités marchandes allemandes et italiennes, de grands artistes, à la Renaissance, laissent s'épanouir leur génie.

Toutefois, à peine libéré des hypocrisies chrétiennes, l'art se vend aux princes, puis, encore pire, à la bourgeoisie. Et, alors qu'il était une religion chez les anciens Grecs, il devient un métier et un commerce régis par les lois du profit. Bon, de ce côté là, les choses ne se sont pas vraiment arrangées depuis 1849.

Wagner émet le souhait qu'un art moderne et régénéré s'émancipe, en premier lieu dans le théâtre, l'institution la plus complète et la plus efficace pour l'éducation du peuple. Le goût de la beauté devant alors conduire l'humanité à s'élever pour s'accomplir dans le sentiment supérieur de l'amour. D'où cette conclusion toute beethovénienne : Dressons l'autel de l'avenir, tant dans la vie que dans l'art vivant aux deux plus sublimes éducateurs de l'humanité : Jésus qui souffrit pour elle et Apollon qui l'éleva à sa dignité pleine de joie

Envoyé à un éditeur de Leipzig, L'art et la révolution est publié immédiatement et rallie à Wagner de nombreux partisans dans les milieux intellectuels. Dans les années qui suivirent, Wagner approfondira ses conceptions, notamment à la lecture de Schopenhauer. Mais il ne reniera jamais vraiment cet enthousiasme de jeunesse, à qui il donnera chair dans son oeuvre la plus ambitieuse, le Ring, dont il écrit le livret à la même époque.


9 commentaires:

Jean Claude Mazaud a dit…

"Un enthousiasme de jeunesse" inattendu pour moi...
J'ai décidément encore beaucoup à faire dans ma "découverte" de Wagner...
Tout de même j'ai été complètement enthousiasmé (alors que je pensais partir au 1° entracte) par le Parsifal donné au Met (vu au cinéma)au début de 2013...
Bon week-end.
Amitiés.

jefopera@gmail.com a dit…

Le Ring du Met était vraiment formidable, j'ai eu la chance de le voir sur Mezzo, et j'espère bien pouvoir découvrir prochainement Parsifal.....
Bon week end également
JF

Anonyme a dit…

Merci beaucoup pour ce conseil de lecture... et ce Wagner pas du tout prévu au programme ! Un ami de Bakounine, rien que ça, alors que je le considérais plutot jusqu'ici comme politiquement très à droite. Mon ignorance, décidément. Merci de l'avoir (un peu) comblée ! Bernard,de paris.

jefopera@gmail.com a dit…

Merci pour votre commentaire. Cela montre aussi les origines "gauchistes" de l'antisémitisme de Wagner, qui trouve ses sources dans la critique des puissances financières.

Anonyme a dit…

Apparemment aussi, une incertitude familiale puisque Wagner pourrait être d'origine juive lui meme d'après la préface (d'où un malaise chez lui, mal être, etc)...
un amical salut, Bernard

jefopera@gmail.com a dit…

Oui, c'est vrai.
Un sujet délicat mais qu'on ne peut pas éluder, a fortiori quand on aime beaucoup les opéras de Wagner.
Bien amicalement
JF

Valentin a dit…

Personnage complexe et à facettes que ce Wagner... Curieusement, cet aspect des choses me le rend un peu plus sympathique (sa musique beaucoup moins mais c'est une autre histoire)

MartinJP a dit…

En fait tout me semble beaucoup plus lié qu'il n'y parait à première vue, et que ces conceptions socialo anarcho aient conduit Wagner vers l'anti-sémitisme est tout à fait logique dans le mode de pensée de l'époque : le racisme, le colonialisme et l'antisémitisme ont nourri la gauche pendant des décennies, il faut le rappeler ; et continuent de nourrir la gauche ranchouillo archéo mélenchono dieudonnesque qui rend le France aussi ridicule et inquiétante aux yeux de nos amis européens.
Je m'égare, encore une fois......

jefopera@gmail.com a dit…

Roseline Bachelot aime Verdi, peut-être que Mélenchon aime Wagner ?