mercredi 8 janvier 2014

Je me souviens de Monique de La Bruchollerie

Entre Saint Crépin patron des cordonniers et l'invention de la mayonnaise au siège de Port Mahon, Georges Perec se souvient d'un très beau récital donné dans la cathédrale de Chartres par la pianiste Monique de La Bruchollerie (Je me souviens, éditions Fayard).

Pierre-Jean Tribot, sur le site Resmusica, écrivait récemment à son propos : Certains artistes passent leur époque sans laisser de traces autres que dans le cœur des gens qui ont pu les entendre et les approcher. La pianiste Monique de la Bruchollerie fait partie de ces individus

Peu présente au disque car elle n’appréciait guère le studio, cette musicienne hors du commun, disparue en décembre 1972, a été quasiment oubliée.

On trouve quand même sur Amazon un superbe enregistrement regroupant la 48ème sonate de Haydn, la Fantaisie en ut mineur de Mozart, plusieurs pièces de Chopin et de Saint-Saëns ainsi que la sonate de Dutilleux.

Née le 20 avril 1915 à Paris dans une famille de musiciens, Monique de La Bruchollerie entre à 11 ans au Conservatoire National de Musique et de danse de Paris, dans la classe de piano d'Isidore Philipp.

En 1936, elle reçoit le 3ème prix au prix International de Vienne, est lauréate l'année d'après au concours Chopin de Varsovie, puis au concours Ysaÿe de Bruxelles. En 1941, Charles Münch l’engage pour trois années consécutives avec l’Orchestre de la Société des Concerts du Conservatoire.

Lors de tournées triomphales, Monique de La Bruchollerie joue, avec une fougue et une énergie dignes d’Horowitz, deux concertos d'une difficulté technique redoutable, le premier de Tchaïkovsky et le troisième de Rachmaninov. Profondément admirée par Sviatoslav Richter, Wilhem Kempff et Emil Gilels, c’est en Allemagne et dans les pays de l’Europe de l’Est qu’elle remporte ses plus grands triomphes. Elle joue également souvent avec Eugen Jochum, qui dit un jour d’elle : elle était corps et âme une musicienne. Elle représentait l’école française, mais elle était plus encore : son jeu n’était pas seulement lucide et limpide, il correspondait profondément au compositeur interprété.

 
Monique de La Bruchollerie parcourt le monde entier, jusqu’au 18 décembre 1966, jour terrible où un grave accident de voiture, en Roumanie, la prive à jamais de ses mains de pianiste. Elle se tourne alors vers l'enseignement, notamment au Conservatoire National de Musique de Paris et à l’Académie de Musique de Nice. Au sein du Festival d’Aix-en-Provence, elle créée des récitals de piano, Une Heure avec... et Les Grands Jeunes, afin que de jeunes espoirs puissent se faire connaître des mélomanes.

6 commentaires:

Jean Claude Mazaud a dit…

Emouvant et passionnant article sur cette pianiste que (à ma grande honte !) je ne connaissais pas...
Passionnantes également les deux videos (la démonstration de virtuosité de la 1ere est époustouflante).
Preuve que sur internet on peut trouver ....le meilleur.
Amicalement
JC

jefopera@gmail.com a dit…

Merci, il est toujours émouvant de faire ressurgir de l'oubli ces grands artistes. Je vais essayer cette année de faire une rétrospective sur quelques grandes pianistes françaises....
Amicalement
JF

Valentin a dit…

Video formidable : la rencontre qu'elle évoque, à Budapest, avec la vieille dame qui a connu Liszt, est extraordinaire. Par contre, je n'ai rien compris à l'histoire du piano incurvé ! Reste une formidable pianiste, effectivement.
Excellente initiative que de lui avoir rédigé cet hommage.

jefopera@gmail.com a dit…

La façon dont elle raconte cette anecdote est bouleversante. J'ai eu envie de la retranscrire par écrit pour la publier, peut-être d'ailleurs vais-je le faire.... Il y aurait sans doute encore beaucoup de choses à dire sur cette très grande artiste.

MartinJP a dit…

Mais moi aussi je me souviens de Monique de La Bruchollerie, et crois même avoir un ou deux 33 tours au grenier !

Merci de la faire revivre, elle est épatante (et tellement émouvante quand elle raconte sa rencontre à Budapest avec une veille dame amie de Liszt).

Anonyme a dit…

Merci de tout coeur pour la mémoire de Monique, une immense artiste que j'ai toujours écoutée avec une immense émotion.
Nicole, Paris 16