mercredi 1 janvier 2014

2014, en musique et paroles

L'année 2013 qui vient de s'achever aura permis de fêter plusieurs anniversaires : les centenaires de la naissance de Francis Poulenc et de la création du Sacre du Printemps ainsi que deux bicentenaires qu'il était impossible de manquer, ceux de Giuseppe Verdi et de Richard Wagner.

Les compositeurs d'opéra restent à l'honneur en 2014 puisqu'on va fêter les 300 ans de la naissance de Glück, les 150 ans de Richard Strauss et les 250 ans de la disparition de Rameau. Trois musiciens exigeants qui ont développé un art indépendant des modes dominantes et toujours veillé à un juste équilibre entre le texte et la musique.

Un thème qui se trouve au centre des deux querelles esthétiques qui agitèrent le XVIIIème siècle musical, celle des Bouffons, à laquelle fût mêlé Rameau, puis celle qui opposa les partisans de Glück à ceux de l'italien Piccinni.

Rameau, d'abord. Souhaitant se démarquer du style sec et monotone de Lully, il redonne sa place à la mélodie, sans toutefois tomber dans les extravagances vocales de l'opéra italien. Dans la querelle entre les partisans de Lully et les admirateurs de l'opéra italien, Rameau se pose en arbitre, à la recherche d'un équilibre parfait entre texte et musique mais aussi entre chacune des composantes de celle-ci, mélodie, rythme et harmonie.

L'essentiel du génie musical français est l'harmonie, alors que celui du génie musical italien est la mélodie. Selon l'importance qu'on donne à ces disciplines dans la composition, il est facile d'affirmer, sinon de justifier, une critique de la musique française ou de la musique italienne, auxquelles se trouvent adaptées les langues des deux pays. 

La langue française peu accentuée est renforcée expressivement par les modulations harmoniques alors que les fortes accentuations naturelles de l'italien créent une mélodie qui coule de source.

(Jacques Bourgeois, L'opéra des origines à demain, Julliard, 1983)


Une vingtaine d'années plus tard, une nouvelle polémique oppose les partisans de la musique française et de Glück à ceux de la musique italienne, rassemblés autour de la figure de Nicolo Piccinni. 

L'Italien déclenche les hostilités en composant une Iphigénie en Tauride sur le même livret que celle écrite par Glück quelques années auparavant. Mettant la musique au premier plan, Piccinni privilégie toutefois la virtuosité du chant alors que Glück met la musique au service du livret. Il s'écarte même de Rameau, qu'il trouve trop compliqué, et préconise le retour à Lully, dont il loue la noble simplicité et le chant rapproché des intentions dramatiques.

Je me suis proposé, écrit-il, de dépouiller la musique des abus qui, introduits par la vanité mal entendue des chanteurs ou par une complaisance exagérée des maîtres, défigurent depuis longtemps l'opéra italien... 

Je pensai à restreindre la musique à son véritable office qui est de servir la poésie pour l'expression, sans interrompre l'action et sans la refroidir par des ornements superflus... 

Je n'ai pas voulu arrêter un acteur dans la chaleur du dialogue pour attendre une ritournelle, ni couper un mot sur une voyelle favorable pour faire parade dans un passage de l'agilité de sa voix ou pour attendre que l'orchestre lui donnât le temps de reprendre haleine pour faire une cadence. J'ai cru enfin que mon plus grand effort devait se réduire à rechercher une belle simplicité ; ne jugeant précieuse la nouveauté qu'autant qu'elle était naturellement commandée par la situation et par l'expression.


Ces disputes tombèrent un peu dans l'oubli jusqu'à ce que Richard Strauss, dans la tourmente de la seconde guerre, les fasse revivre dans un opéra subtil et raffiné, qui m'est toujours apparu comme le chant du cygne du genre, Capriccio.

Nous sommes au XVIIIème siècle, à Paris, dans le salon d'une charmante comtesse qui réunit quelques amis pour débattre des rôles respectifs de la musique et de la poésie. La querelle des glückistes et piccinnistes bat son plein, et la comtesse aime autant le poète Olivier que Flamand, le jeune musicien. Pourra-t-elle choisir entre les deux ? Non, bien sûr. Alors, pour mettre fin à leurs disputes, elle leur propose d'écrire un opéra.

Paroles et musique ? Ou bien musique et paroles ? 

6 commentaires:

Jean Claude Mazaud a dit…

Article passionnant...Superbe illustrations musicales...
Je crois tout de même que je vais prendre partie :
"Prima la musica, poi le parole."
Amitiés.
Bonne année musicale

jefopera@gmail.com a dit…

Merci pour tes encouragements fidèles et sympathiques.

Quand c'est pour écouter à la maison, Prima la musica, bien d'accord avec toi. En revanche, à la scène, je trouve que les opéras "à texte" (Wagner, Strauss et le répertoire du 20ème siècle) sont plus prenants et t'emportent plus loin.

Mais, au fond, suis un peu comme la comtesse Mathilde, j'ai du mal à faire un choix trivial...

Valentin a dit…

L'opéra sans les paroles c'est de la musique et sans la musique c'est du théâtre.... La musique d'abord, le blablabla après

jefopera@gmail.com a dit…

Le Débat de l'opéra. Je ne sais pas si on peut considérer cette opinion comme une ébauche de synthèse, ou de conclusion sur un sujet qui ne sera jamais clos, mais il me semble qu'à la scène, la synthèse des deux est indispensable alors qu'à la maison et au disque, c'est bien sur Prima la musica

MartinJP a dit…

C'est un peu le débat de l'oeuf et de la poule, ou de la consubstancialité. Et pourtant, c'est en rouvrant indéfiniment ce débat qu'on progresse dans la compréhension. Ce que fait votre papier, qui devrait être montré à tous les gens qui ne connaissent rien à l'opéra.

jefopera@gmail.com a dit…

Merci ! Il est vrai que l'on a jamais fait le tour du sujet, et c'est peut-être mieux ainsi