jeudi 5 décembre 2013

Un coup pour rien

La scène est entièrement occupée par un immense escalier que les projecteurs teintent d'un mélange peu ragoûtant de marron sale et de verdâtre. En bas, sont entassés des débris de bataille.

Comme l'action se passe en haut de l'escalier, le public de l'orchestre est contraint de lever la tête en permanence ; au milieu du premier acte, l'engourdissement commence a paralyser le cou et annonce la venue imminente du torticolis. D'ailleurs, plus personne ne lève la tête ni ne regarde le spectacle, et un premier ronflement se fait entendre derrière moi.

L'escalier géant et les canons cassés ont dû consommer la totalité du budget, alors on ne change pas le décor à l'entracte et la scène qui ouvre le deuxième acte, censée se passer dans le salon d'Agathe, se déroule en haut de l'escalier. Pour évoquer une maison, on a quand même dressé quatre poteaux de bois. Au milieu, une table de cuisine, en équilibre sur les marches de l'escalier. D'un pas peu assuré, craignant sans doute de dégringoler au milieu de cet assemblage brinquebalant, Agathe apporte la soupière et manie la louche. Annette passe le sel. On s'attend presque à entendre Max se frotter la panse en rotant bruyamment. Mais Max, à défaut d'être un bon tireur, est un garçon bien élevé.

Tout est à l'avenant dans ce spectacle sans inspiration, où le mystère et la magie, qui sont l'essence du chef d'oeuvre de Weber, répondent désespérément aux abonnés absents. Les concepteurs de cette production du Freischutz donnée le mois dernier à l'Opéra de Nice parviennent même à rater, et il faut le faire, la célèbre scène de la Gorge aux loups : la tête masquée par des bonnets à tête de loup, plantés dans l'escalier comme des candélabres, les chasseurs immobiles comptent les balles et faisant des Wouh ! Wouh ! mécaniques qui n'effraieraient pas une souris. Les géniaux effets d'écho créés par Weber ont totalement disparu, on ne sait pas pourquoi. J'ai bien peur qu'on n'y ait même pas pensé.

Certes, le fait qu'il ait été chanté en français (dans la version de Berlioz avec récitatifs chantés à la place des dialogues) ne favorisait pas les choses. Pourtant, il y a deux ans, j'avais été sincèrement enthousiasmé par la production de la Salle Favart, dont le projet artistique m'était apparu intelligent et séduisant. Et surtout, il y avait Gardiner et un excellent orchestre dans la fosse et, sur scène, de très bons chanteurs.


Mais là, il ne s'est rien passé, ni dans la fosse (tempo mollasson, justesse des cuivres très approximative) ni sur la scène. A l'unique mais importante exception de la jeune et charmante Hélène Le Corre, qui a très bien chanté le rôle d'Annette, et qui m'a paru avoir encore beaucoup à donner.

Le public niçois ne s'y est pas trompé et a limité ses applaudissements à la politesse de base. La mémé derrière moi -celle dont le mari s'est endormi au début du premier acte- a résumé la soirée d'une litote définitive : c'était pas épatant.



6 commentaires:

Jean Claude Mazaud a dit…

Dommage donc !
Je connais mal le Freischutz, sauf l'ouverture (que je viens de reécouter...) qui me mettait en transes lorsque je découvrais la musique, il y a ....si longtemps !
Je te souhaite un bon week end.
Amitiés.
PS : peux-tu me dire à l'occasion si le système de recherche marche sur ton blog ? Sur le mien il ne fonctionne plus (c'était pourtant très pratique)

jefopera@gmail.com a dit…

je viens de l'enlever car effectivement il ne fonctionne plus du tout.
J'ai passé pas mal de temps à changer les libellés pour mettre des noms propres (compositeurs et lieux) qui sont, je crois, mieux pris en compte par les outils de recherche...
Merci de l'info !
Bon week-end également

Valentin a dit…

Mais pourquoi monter cet opéra en français et pas Aida, Tosca ou Tristan ? Je croyais que c'était une habitude du 19ème siècle heureusement abandonnée ?

jefopera@gmail.com a dit…

C'est effectivement bizarre et finalement hors de propos. Mais le pire dans cette histoire était l'ineptie de la mise en scène et la médiocrité d'ensemble des exécutants.
Pauvre Freischutz, que je rêve de voir (en allemand) depuis plus de 30 ans !

MartinJP a dit…

Une production qui a fait flop a défaut de faire pan !

jefopera@gmail.com a dit…

C'est le cas de le dire !