dimanche 1 décembre 2013

La Voix humaine (Cocteau et la musique 7 / 7)

En 1958, Francis Poulenc met en musique La Voix humaine, une pièce que Cocteau a créée à la Comédie Française en 1930. 

Sur scène, un seul personnage, une femme, seule dans son appartement. Elle est au téléphone avec son amant, qui est en train de la plaquer. La rupture est difficile car elle l’aime encore. Pour essayer de le retenir, elle joue sur tous les registres, feint l’indifférence puis essaie de l’amadouer, geint, crie et menace de se suicider. Puis se calme.

Poulenc a écrit sa partition dans un style arioso diablement efficace, beaucoup plus lyrique et bien moins monotone que celui de Debussy dans Pelleas. Et surtout, pouvant atteindre des paroxysmes émotionnels tout à fait frappants. Il y a notamment de longs passages de chant sans accompagnement musical, qui requièrent particulièrement les talents d'actrice de l'interprète. 

La partition est d'ailleurs si juste et forte que Cocteau a considéré que Poulenc avait donné à La Voix humaine sa forme définitive.

L'opéra a été créée le 6 février 1959, salle Favart, avec la soprano Denise Duval :



En mars dernier, au même endroit, Anna Caterina Antonacci en a livré une interprétation bouleversante. Un jeu d'actrice exceptionnel, une expression d'une intensité prenante et bien sûr, cette voix si belle, mise ici au service d'un texte qu'elle articule à la perfection et dont on saisit chaque mot. Ce fut une véritable révélation.



C'est là que je vais terminer cette série sur Jean Cocteau et la musique. Bien sûr, elle pourrait être encore longtemps poursuivie, il faudrait notamment évoquer le lien particulier qui a uni Cocteau à Georges Auric. 

Auric, qui a écrit la musique de plusieurs ballets dont Cocteau a rédigé l'argument -et que je n'ai pas eu le temps d'évoquer (Les Fâcheux, Les Matelots) et de Phèdre, une "tragédie chorégraphique".

Auric, surtout, à qui le poète a confié la musique de tous ses films, Le Sang d'un poète (1930), La Belle et la Bête (1946), L'Aigle à deux têtes (1948), Les Parents terribles (1948), Orphée (1950) et Le Testament d'Orphée (1960).

3 commentaires:

Jean Claude Mazaud a dit…

Tu termines en beauté cette intéressante série...
Je n'imaginais pas Antonacci (ma Carmen préférée) dans "la voix humaine" !
Bonne journée

jefopera@gmail.com a dit…

Elle était prodigieuse de vérité et de force dramatique, et bien sur, quelle voix somptueuse !

MartinJP a dit…

J'ai pu aller écouter, il y a déjà quelques années, Le Téléphone de Menotti, sur le même thème mais un ton plus léger. Ou comment cette invention du 20 ème siècle a fait son entrée sur les scènes lyriques.
A quand l'arrivée du portable et des mails à l'opéra ?