samedi 16 novembre 2013

Le Bœuf sur le toit (Cocteau et la musique 3 / 7)

La guerre est terminée, enfin, et Paris danse. En 1920, à la Comédie des Champs Elysées, Cocteau présente Le Boeuf sur le toit, une "farce" sur une musique de Darius Milhaud. Cette fois, c’est Raoul Dufy qui signe les décors.

Achevée le 21 décembre 1919, Le Boeuf est à l'origine une pièce pour violon et piano intitulée Cinéma-fantaisie que Milhaud destine à accompagner un film muet de Charlie Chaplin. Membre du tout nouveau groupe des Six, il la transforme en ballet sur la suggestion de Cocteau, qui vient d'en écrire l'argument. 

Le titre comme la musique sont inspirés d'une ancienne chanson brésilienne. De 1917 à 1918, Darius Milhaud séjourne au Brésil, comme secrétaire d’ambassade de Paul Claudel. Dès que le vieux bigot a le dos tourné, il part s’encanailler dans les cabarets. C’est là qu’il découvre une chanson à la mélodie entêtante, O boi no telhado (Le Bœuf sur le toit). 

Farce surréaliste dans l’esprit de Parade, Le Bœuf n’a pas vraiment d’histoire à raconter. Le décor représente un bar qui voit défiler plusieurs personnages, un bookmaker, un nain, un boxeur, une femme habillée en homme, des hommes habillés en femmes. Entre autres scènes loufoques, on voit un policier se faire décapiter par les pales d'un ventilateur avant de ressusciter.

La chorégraphie est très lente, en décalage volontaire avec le côté vif et joyeux de la musique. Et on ne fait pas appel à des danseurs mais au cirque Medrano qui envoie les frères Fratellini.

À partir de 1921, Milhaud prend l’habitude de jouer son Bœuf, au piano à six mains, avec ses copains Georges Auric et Arthur Rubinstein, dans un bar de la rue Duphot qui s’appelait le Gaya. La présence de Cocteau et de son cercle rendit le Gaya très populaire et, lorsque son propriétaire le transféra rue Boissy-d’Anglas, en décembre 1921, il le renomma Le Bœuf sur le toit, sans doute pour s’assurer que Milhaud, Cocteau et leurs amis l’y suivraient, ce qu’ils firent, bien sûr.

Le compositeur américain Virgil Thomson, de passage à Paris, décrit dans ses mémoires un endroit passablement amusant, fréquenté aussi bien par des bourgeois anglais encanaillés, des millionnaires américains, des aristocrates français, des romancières lesbiennes de Roumanie, des princes espagnols, des pédérastes en vue, de figures de la littérature ou de la musique modernes, de pâles et précieux minets, ainsi que de distingués diplomates au bras de jeunes hommes plein d’enthousiasme. Bref, Le Bœuf sur le toit est la première boîte gay de Paris. 

L'endroit existe toujours, ce n’est plus une boîte ni un bar mais une brasserie plutôt élégante, qui appartient au groupe Flo. Il y a quelques années, alors que je travaillai dans le quartier, j’en avais même fait ma cantine.






4 commentaires:

MartinJP a dit…

Milhaud à été un compositeur très prolixe, dont la quasi totalité de l'œuvre à sombré dans l'oubli à l'exception de ce bœuf, que je n'écoute jamais mais qui a la fâcheuse habitude de rester obsédant des qu'on l'entend

Jean Claude Mazaud a dit…

J'avais complètement oublié que cette musique en effet "obsédante" était de Darius Milhaud...
Bel hommage d'Alexandre Tharaud au Boeuf sur le toit (je crois me souvenir que tu as déja publié un article???)
Bon week-end !

jefopera@gmail.com a dit…

Excellente mémoire !
En effet, j'avais fait un petit billet pour annoncer la sortie du CD d'Alexandre Tharaud (dont le récital sur le même thème est en ce moment diffusé sur Mezzo). Bon, sincèrement, je ne suis pas vraiment fan, mais c'est quand même une jolie découverte.
Amitiés

JPR a dit…

http://jeanpierrerousseaublog.com/2014/02/09/le-boeuf-sur-le-toit/

:)